Publié le 03-07-2026
Souveraineté sanitaire en Afrique : des experts appellent à des politiques de santé adaptées au continent
La souveraineté décisionnelle de l'Afrique en matière de politique de santé s'impose aujourd'hui comme un enjeu stratégique majeur.

Elle permet aux pays africains de concevoir des politiques publiques ancrées dans leurs réalités sanitaires, sociales et économiques, tout en renforçant leur résilience, leur autonomie et leur capacité à améliorer durablement la santé des populations.
C'est dans cette perspective qu'un panel a été organisé en marge de l'événement Technovation tenu le 24 juin à la capitale MarocaineRabat, autour du thème : «La souveraineté décisionnelle de l'Afrique en matière de politique de santé : construire des politiques adaptées aux réalités du continent ».
Cette rencontre a réuni quatre personnalités reconnues, issues d'horizons complémentaires, qui ont en commun d'avoir fait de l'excellence, de l'innovation et de l'engagement au service de la santé une véritable ligne de conduite tout au long de leur parcours professionnel :
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Pr Imane Kendili, professeure de psychiatrie et addictologue (Maroc) ;
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Pr Amen Allah Messaadi, professeur de réanimation (Tunisie) ;
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Pr Mohamed Benkhayal, professeur de chirurgie thoracique (Libye) ;
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Dr Samba Cor Sarr (Sénégal), Vice Président du Comité National d'Ethique pour la recherche en santé ( CNERS)
Une décision indépendante, mais pas isolée
Pour la Dr Imen Kendili, présidente d'African Global Health, la souveraineté sanitaire ne veut pas dire que l'Afrique doit se couper du monde. Elle veut dire que le continent doit produire ses propres données scientifiques et construire des politiques qui répondent aux besoins réels de ses populations. Depuis la pandémie de COVID-19, la santé est devenue un sujet qui touche aussi l'économie, le climat, l'éducation et la place des femmes dans la société.
Le Dr Mohammed Benkhayal, chirurgien libyen, partage cet avis. Selon lui, chaque État doit pouvoir décider seul, en s'appuyant sur des données scientifiques, mais en tenant compte de sa propre réalité. Il donne un exemple simple : le paludisme est une priorité au Sénégal, alors qu'en Libye, c'est la tuberculose qui inquiète le plus. Les politiques de santé ne peuvent donc pas être les mêmes partout.
Le tabagisme, un sujet urgent
Le Pr Amen Allah Ben Mansour, spécialiste tunisien de la réanimation, rappelle que le tabagisme reste une cause majeure de maladies graves en Afrique, comme le cancer ou les problèmes de cicatrisation liés au diabète. Pour lui, la priorité reste d'éviter que de nouvelles personnes commencent à fumer. Mais il faut aussi proposer des solutions à ceux qui fument déjà, afin de réduire les risques pour leur santé.
Pas de souveraineté sanitaire sans science africaine
Le Dr Samba Cor Sarr, du Sénégal, va plus loin : selon lui, il ne peut pas y avoir de vraie souveraineté sanitaire sans souveraineté scientifique. La pandémie a montré que l'Afrique dépendait encore trop des autres régions du monde pour produire des médicaments et des vaccins. Un programme est déjà en cours pour fabriquer en Afrique les vingt-quatre médicaments les plus utilisés sur le continent, avec des pays comme le Maroc, le Sénégal et l'Afrique du Sud en première ligne.
Une stratégie adaptée à chaque pays
Pour la Dr Kendili, il ne peut pas exister une seule politique de santé pour toute l'Afrique. Les habitudes de tabagisme, les cultures et les besoins changent d'un pays à l'autre. Elle appelle à des solutions simples et concrètes, capables de s'adapter à un continent qui compte 54 pays et plus d'un milliard et demi d'habitants.
L'essentiel à retenir
Les quatre experts s'accordent sur un point : la souveraineté sanitaire ne signifie pas rejeter les connaissances venues d'ailleurs. Elle signifie les adapter aux réalités africaines, grâce à des données produites en Afrique, par des chercheurs africains, pour répondre aux besoins des populations africaines.
