Publié le 06-03-2018

Pénurie d’antibiotiques : La solution existe

Depuis la fermeture des laboratoires GALPHARMA en août, 65 médicaments ont disparu de nos officines de pharmacies. Ce manque a été à l’origine d’un grand déséquilibre entre l’offre et la demande en matière de médicaments en Tunisie…



Pénurie d’antibiotiques : La solution existe

En effet, après que GALPHARMA ait plié bagage pour élire domicile sous d’autres cieux, les demandeurs de Gripex, d’Inflamyl, de Clamycin, de Sinaprid et de Doxyl 100 et 200… pour ne citer que ceux-ci, doivent vraiment prendre leur mal en patience ! Pour vérifier l’état des lieux, sante-tn a mené l’enquête.

Si l’on zoome sur les étalages des pharmacies du Grand Tunis, l’on est aussitôt frappé par une impression non-familière ! À jeter un premier coup d’œil, l’on remarque illico que plusieurs médicament, couramment utilisés par les Tunisiens, ont disparu totalement du paysage pharmaceutique ! Celui qui saura trouver des anti-inflammatoires, des antibiotiques et des antitussifs, devra se lever de bonne heure ! Sauf que ces produits affichent absents au grand dam de ceux qui ont chopé une vilaine maladie ! Et comme ces produits font l’objet d’une forte demande en cette période hivernale de l’année, les spécialistes ont dû recourir à la prescription des produits de substitution.

 Les Tunisiens en semblent catastrophés ! Les pharmaciens, pour leur part, semblent affolés puisque dans l’incapacité de répondre positivement à la demande de leur clients ! Que se passe-t-il ? Comment sommes-nous arrivés là ? Y aurait-il des solutions pour mettre fin à cette quasi-pénurie médicamenteuse ? Sante-tn a justement contacté M. Kamel Idir,Dr. es-sciences pharmaceutiques, expert auprès de l’OMS et directeur général de la pharmacie et du médicament au ministère de la Santé qui a eu l’amabilité de nous répondre.

 Du manque oui, mais la solution de rechange existe

« Certes les premières prémices du manque des médicaments ont eu lieu suite à la fermeture des laboratoires GALPHARMA.qui est un événement très triste à plus d’un titres, dois-je dire !

Sur le plan économique et social, l’industrie GALPHARMA a laissé derrière elle 80 cadres supérieurs dont des médecins, des pharmaciens, techniciens supérieurs…et 120 autres employés au chômage ! L’on parle donc d’au moins 200 familles restées sans soutiens ! Evidemment, les dégâts se sont aussi répercutés sur les malades tunisiens qui n’ont plus droit à environ 70 produits dont GALPHARMA avait l’autorisation de commercialisation !

Nous sommes donc parfaitement conscients du problème et nous compatissons vraiment avec les employés et les malades ! Et je comprends aussi totalement que s’il existe des domaines qui ne tolèrent aucun faux pas ce sont bien la nourriture et la santé.

En d’autres termes, le pain et le médicament. Il faut trouver des solutions de toute urgence étant donné qu’il s’agit d’un problème vital ! Néanmoins, la majorité des médicaments qui ont manqué à l’appel sont génériques  et peuvent être remplacés par des produits similaires. La solution alternative est là. Il est possible que certaines officines soient actuellement à court de stock, vu que la demande est accrue en cette période hivernale, mais ceci ne veut pas dire que les produits de substitution n’existent pas.

Nous savons toutefois que certains produits, autrefois fabriqués par GALPHARMA, n’ont hélas pas de produits similaires ! Et c’est là où se pose le problème. Mais nous sommes en train de doubler d’effort pour trouver des solutions urgentes. De plus, le manque ne concerne pas les produits et médicaments vitaux.

 Etat des lieux

 « Le chef du gouvernement, ajoute M. Idir, a dit que le problème sera débloqué au plus vite. Sauf que pour remplacer ces laboratoires, la tâche n’est pas facile et il va falloir un petit peu de temps pour résoudre ce problème.

On comprend que le Tunisien panique parce qu’il n’est pas habitué à de telles perturbations. Mais des réunions permanentes de suivi sont maintenues et les différents organismes concernés collaborent ensemble pour mettre fin au manque. Pharmacie Centrale, grossistes, pharmaciens d’officine et secteur public, industries pharmaceutiques ont tenu une commission de suivi pour que les médicaments soient distribués.

De son côté, l’Armée nationale a protégé les lieux stratégiques de stockage. En outre l’observatoire du médicament se réunit souvent pour faire le point quant à l’accès au médicament. Chaque mercredi, les 4 conseils de l’ordre se réunissent de leur côté avec tout le staff de l’approvisionnement pour faire l’état des lieux. Donc le citoyen doit faire confiance à toutes ces parties et s’armer d’un petit peu de patience parce que l’on fait des efforts pour venir à bout de ce problème.

 Les causes de la décadence

« Le fonctionnement de l’industrie pharmaceutique nationale est toujours tributaire de l’approvisionnement en matières premières. Toutefois ce dernier dépend toujours de conditions extérieures !

Récemment, nous avons justement eu des problèmes avec les bateaux d’importation qui ont été laissés en rade pendant plusieurs jours ! Et cela a causé un retard de fabrication. Néanmoins les responsables du ministère du Transport sont intervenus pour débloquer la situation.

Donc pour énumérer les causes de la « pénurie » si on ose dire, il y’a d’abord la fermeture de l’industrie pharmaceutique qui dure depuis 7 mois, le retard de l’approvisionnement en matières premières, mais aussi les problèmes de grèves, de manifestations et des sit-in répétitifs qui ont eu lieu récemment au sein de plusieurs structures du secteur, notamment au sein des laboratoires Adwya, qui ont observé un arrêt de travail de trois jours ! De plus, la présence de nos frères libyens et algériens qui s’approvisionnaient en médicaments chez nous a contribué également au manque actuel.

 Quelle issue ?

« L’industrie pharmaceutique est incontestablement une industrie très pointue! C’est un secteur qui ne tolère pas la moindre erreur. La preuve : plusieurs de nos produits pharmaceutiques sont exportés à l’étranger notamment en Europe ! Ceci reflète que la Tunisie a des produits pharmaceutiques de haute qualité.

Certes il y a un manque. Et d’ailleurs, l’on a déjà connu une perturbation semblable l’an dernier avec l’afflux des Libyens en Tunisie. La Chine a dû nous envoyer des dons de médicaments. Mais je rassure, ces médicaments étaient utilisés sous un contrôle omniprésent et très pointilleux par nos laboratoires. Les stocks étaient limités à l’usage au ministère de la Défense. On les a contrôlés lot par lot.

Pour revenir au manque actuel, la Pharmacie Centrale et suivant la circulaire du ministre concernant la distribution, a appelé au respect de la règlementation : les malades tunisiens sont entièrement prioritaires, les grossistes sont tenus de ne fournir que les officines pour maintenir le flux. Et il n’y aura désormais pas, ne serait-ce que jusqu’à satisfaire la demande tunisienne, de transit de médicaments vers la Libye.

 Je rassure donc tous les Tunisiens, les produits vitaux existent, les médicaments de substitution existent et toutes les parties collaborent ensemble pour trouver des solutions le plus tôt possible. Nous sommes tenus par un engagement pour l’approvisionnement régulier du marché et bientôt toutes les pharmacies seront approvisionnées. » 

 

Source: Santé-tn



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