Publié le 24-06-2026
Réconciliation pénale en Tunisie : de quoi s’agit-il, quelles sont les conditions et comment en bénéficier ?
L’expert fiscal Mohamed Salah Ayari a affirmé que le processus de réconciliation pénale constitue un choix stratégique visant essentiellement à récupérer les fonds détournés et à les réinjecter dans le développement économique et social du pays. Selon lui, l’objectif n’est pas de maintenir les personnes concernées en prison, mais plutôt de permettre à l’État de récupérer les sommes dues et de les mettre au service de l’intérêt général.
Réconciliation pénale et amnistie fiscale : quelle différence ?
Mohamed Salah Ayari a expliqué qu’une confusion persiste souvent entre la réconciliation pénale et l’amnistie fiscale. Cette dernière concerne la régularisation de la situation fiscale des contribuables, tandis que la réconciliation pénale s’adresse aux personnes ayant fait l’objet de poursuites ou de condamnations liées à des atteintes aux finances publiques.
Du décret-loi de 2022 aux amendements de 2024
L’expert a rappelé que le décret-loi adopté en 2022 avait suscité de grands espoirs quant à la récupération de plusieurs milliards de dinars au profit de l’État. Toutefois, les résultats obtenus sont restés en deçà des attentes.
Selon lui, les estimations avancées à l’époque étaient largement éloignées de la réalité, ce qui a conduit les autorités à revoir le dispositif juridique à travers la loi n°3 de 2024.
Cette réforme a notamment prévu la mise en place d’une commission composée de spécialistes des affaires administratives et financières justifiant d’au moins quinze années d’expérience, afin de garantir une meilleure étude des dossiers et une plus grande efficacité du mécanisme.
Comment récupérer les fonds détournés ?
Mohamed Salah Ayari a indiqué que la législation prévoit deux principales modalités de restitution. La première consiste à verser les montants concernés dans un compte spécial ouvert au Trésor public. La seconde repose sur la réalisation de projets de développement dans les régions de l’intérieur et les zones marginalisées.
Il a souligné que cette approche vise à transformer les fonds récupérés en projets répondant aux besoins réels des citoyens, tels que les écoles, les établissements de santé, les routes et les infrastructures de base, contribuant ainsi au développement régional.
Pourquoi les résultats n’ont-ils pas été à la hauteur des attentes ?
L’expert fiscal estime que plusieurs difficultés ont freiné le succès du dispositif. Parmi elles figurent les montants parfois jugés trop élevés par certaines personnes concernées, ce qui les a dissuadées d’adhérer au processus de réconciliation.
Il a plaidé en faveur d’une plus grande souplesse dans les négociations afin de rapprocher les points de vue et de favoriser la récupération des fonds tout en préservant les intérêts de l’État.
Orienter les fonds récupérés vers l’investissement
Mohamed Salah Ayari a également proposé d’affecter une partie des sommes récupérées à des mécanismes de financement destinés à soutenir l’investissement, notamment à travers la Banque Tunisienne de Solidarité.
Une telle orientation permettrait, selon lui, de financer les projets des jeunes entrepreneurs ainsi que les petites et moyennes entreprises, tout en favorisant la création d’emplois et la dynamisation de l’économie.
Le rôle des sociétés communautaires
L’expert est revenu sur la disposition prévoyant l’affectation de 20 % des fonds récupérés aux sociétés communautaires. Il a expliqué que cette mesure vise principalement à soutenir le développement des régions les moins favorisées.
Toutefois, il a estimé que les petites et moyennes entreprises devraient également bénéficier de ces mécanismes de soutien, compte tenu de leur contribution essentielle au tissu économique national.
La confiance, clé de la réussite
En conclusion, Mohamed Salah Ayari a insisté sur la nécessité d’instaurer un climat de confiance et de dépasser les logiques de confrontation pour assurer le succès de la réconciliation pénale.
Selon lui, l’objectif ultime demeure la récupération des fonds publics détournés et leur transformation en investissements et projets de développement capables de stimuler la croissance économique et d’améliorer les conditions sociales.
Il a enfin souligné que la création d’un environnement favorable à l’investissement, aussi bien pour les investisseurs tunisiens qu’étrangers, constitue l’un des principaux leviers permettant à la Tunisie de renforcer sa relance économique au cours des prochaines années.
