Publié le 22-06-2021
Tunisie : un artiste étranger inaugure un cimetière
La ville portuaire de Zarzis, proche de la frontière libyenne, dispose depuis deux semaines d’un nouveau cimetière dans lequel enterrer les centaines de migrants naufragés chaque année sur ses côtes. Le «Jardin d’Afrique» est un projet entrepris par l’artiste Rachid Koraïchi pour celles et ceux qui «ont traversé l’enfer»

A peine inauguré et déjà à moitié plein. Dans le sud de la Tunisie, un cimetière palatial et fleuri accueille les dépouilles de migrants inconnus morts sur le chemin de l’Europe. Pour leur rendre leur dignité et peut-être un jour leur nom, l’artiste Rachid Koraïchi a décidé de leur dédier ce bout de terre pour leur offrir «un avant-goût du paradis après avoir traversé l’enfer», dit-il.
Les migrants enterrés là sont pour lui des «damnés de la mer.» Dans leur fuite, ils ont «affronté le Sahara, des gangsters, des terroristes et la torture.»
Baptisé le «Jardin d’Afrique», cet espace est constitué d’une porte traditionnelle du XVIIe siècle, de dizaines d’allées de céramiques peintes à la main et, sous une harmonieuse coupole blanche, d’une salle de prière pour toutes les religions.
Les 200 tombes blanches se succèdent, alignées, numérotées. «Femme robe noire, plage Hachani» ou «Homme tricot noir, plage Hôtel des 4 Saisons»: les inscriptions qui figurent dessus sont sommaires.
Cinq oliviers et douze vignes
Rachid Koraïchi, homme de foi, a acheté ce terrain situé à Zarzis, proche de la frontière libyenne, en 2018. Il est aujourd’hui entouré de cinq oliviers symbolisant les piliers de l’islam et de douze vignes pour représenter les apôtres chrétiens. Des jasmins, galants de nuits et autres arbustes embaument ce cimetière où les corps arrivent parfois en état de putréfaction.
Car partis de Libye ou parfois même de Tunisie, les migrants sont souvent repêchés au large des côtes ou bien retrouvés échoués sur les plages du sud du pays en raison des courants marins.
AFP
