Publié le 28-10-2026
Hafedh Ammouri : le travail après 60 ans doit rester facultatif
Hafedh Ammouri, professeur de droit du travail et ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, a souligné, mercredi 28 octobre 2026, que l’intégration des travailleurs du secteur informel dans le système de sécurité sociale constitue un droit constitutionnel. Il a toutefois estimé que la réalisation de cet objectif nécessite la mise en place d’un régime spécifique tenant compte de leurs revenus et de leur capacité réelle à payer les cotisations sociales.

Intervenant dans l’émission « Expresso », Ammouri a expliqué que l’application directe aux travailleurs du secteur informel des règles en vigueur dans le secteur formel pourrait entraîner des difficultés financières, compte tenu des revenus limités d’un grand nombre d’entre eux.
Il a indiqué que le régime de sécurité sociale destiné aux personnes à faibles revenus, dont la cotisation s’élève à 70 dinars tous les trois mois, ne répond pas nécessairement aux spécificités de ces catégories, notamment parce que le paiement des cotisations sur une année entière peut représenter une charge pour les personnes disposant de faibles revenus.
Le professeur de droit du travail a souligné la nécessité de mettre en place un système garantissant la couverture sociale des travailleurs du secteur informel tout en tenant compte de leurs capacités financières, plutôt que de se limiter à les intégrer au régime actuel sans adapter ses mécanismes.
Déclaration des salaires et cotisations sociales
Hafedh Ammouri a précisé que le problème ne concerne pas uniquement le secteur informel, mais touche également certaines pratiques au sein du secteur formel. En effet, certains employeurs ne déclarent pas l’ensemble de leurs salariés ou déclarent des salaires inférieurs aux montants réellement perçus.
Il a ajouté que certains salariés préfèrent percevoir directement leurs rémunérations sans déduction des cotisations sociales, estimant que l’âge de la retraite est encore loin. Selon lui, cette situation reflète une faible culture de la sécurité sociale, aussi bien chez les salariés que chez les employeurs.
Dans ce contexte, il a appelé à renforcer les contrôles et à intensifier les efforts de recouvrement des dettes sociales susceptibles d’être récupérées, tout en distinguant les créances recouvrables de celles dont le recouvrement est devenu difficile.
Il a également relevé que le secteur agricole connaît un écart entre la couverture sociale prévue par la loi et la couverture effective, soulignant la nécessité de remédier à cette situation dans le cadre d’une réforme globale du système de sécurité sociale.
Relèvement de l’âge de la retraite : entre réforme et emploi
Concernant le relèvement de l’âge de la retraite, Hafedh Ammouri a estimé que cette mesure pourrait contribuer à améliorer la situation financière des caisses sociales, à condition qu’elle s’inscrive dans le cadre d’un ensemble cohérent de réformes.
Il s’est toutefois opposé au relèvement obligatoire de l’âge de la retraite dans le secteur privé, mettant en garde contre ses éventuelles répercussions sur l’emploi, notamment sur les possibilités de recrutement des jeunes.
Il a proposé que la poursuite de l’activité professionnelle après l’âge de 60 ans soit facultative. Cette mesure permettrait aux salariés souhaitant continuer à travailler de le faire avec l’accord de leur employeur, sans que les années supplémentaires soient prises en compte dans le taux utilisé pour le calcul de la pension de retraite.
Il a également évoqué la possibilité de revoir les taux de cotisation dans le secteur public, en proposant une augmentation de 2 points de pourcentage pour la contribution de l’employeur public et de 1 point pour celle du fonctionnaire. Selon lui, ces mesures pourraient contribuer à améliorer les équilibres financiers des caisses sociales si elles étaient accompagnées d’autres dispositions.
La réforme de la sécurité sociale nécessite une vision à long terme
Hafedh Ammouri a souligné que la réforme du système de sécurité sociale ne peut produire des résultats immédiats et nécessite une vision à long terme s’étendant sur au moins 30 ans.
Il a appelé à la création d’un observatoire national de la sécurité sociale chargé de suivre les indicateurs financiers, démographiques et sociaux, d’évaluer l’évolution du système, d’anticiper les défis futurs et de proposer les ajustements nécessaires.
Enfin, il a insisté sur la nécessité de rassurer les citoyens quant aux réformes envisagées, en garantissant la préservation des droits acquis. Il a précisé que les nouvelles mesures devraient produire leurs effets pour l’avenir, sans porter atteinte aux droits déjà acquis par les assurés sociaux.
