Publié le 27-10-2026
Santé au travail : les troubles musculosquelettiques représentent 90 % des maladies professionnelles déclarées
La médecine du travail joue un rôle essentiel dans la protection de la santé physique et psychologique des travailleurs, en prévenant les accidents du travail et les maladies professionnelles. En Tunisie, cette discipline évolue continuellement pour s'adapter aux mutations économiques, aux nouvelles technologies et aux transformations des modes de travail.

La médecine du travail, un pilier de la prévention
La professeure en médecine du travail et secrétaire générale adjointe de l’Association tunisienne de médecine du travail, Majda Bani, a souligné, mardi 27 octobre 2026, que la médecine du travail ne constitue pas une nouveauté en Tunisie, mais qu’elle connaît une évolution constante afin de répondre aux nouveaux défis auxquels sont confrontés les travailleurs et les entreprises.
La législation tunisienne impose aux employeurs une responsabilité en matière de santé et de sécurité au travail. Les entreprises employant moins de 500 travailleurs peuvent conclure des conventions avec des groupements de médecine du travail, tandis que celles qui dépassent ce seuil peuvent mettre en place un service interne de médecine du travail comprenant un médecin du travail et du personnel paramédical.
Un manque de médecins du travail malgré les avancées
La Tunisie a été pionnière dans ce domaine, mais le nombre de médecins du travail demeure insuffisant, notamment pour assurer le suivi des petites entreprises. Selon les prestations prévues dans les conventions conclues, le coût de la couverture préventive peut atteindre, dans certains cas, environ 80 dinars par an.
Plus de 3 000 déclarations de maladies professionnelles en 2023
Plus de 3 000 déclarations de maladies professionnelles ont été enregistrées en Tunisie en 2023. Les troubles musculosquelettiques représentent à eux seuls 90 % des déclarations, en particulier dans les secteurs caractérisés par des efforts physiques répétitifs ou des postures contraignantes.
Ces troubles touchent notamment les travailleurs du textile et de l’habillement, exposés à des gestes répétitifs susceptibles d'affecter les mains et les articulations.
Les risques psychosociaux, un défi encore difficile à mesurer
Les risques psychosociaux liés au travail, tels que l’anxiété, l’épuisement psychologique et le burn-out, occupent une place croissante dans les discussions relatives à la santé au travail. Toutefois, leur reconnaissance dans la liste officielle des maladies professionnelles demeure un défi, ce qui limite leur représentation dans les statistiques officielles.
Cette situation souligne la nécessité de mieux prendre en compte les conséquences du travail sur la santé mentale, au même titre que les risques physiques auxquels les travailleurs sont exposés.
Le changement climatique et les nouvelles technologies, de nouveaux enjeux
La professeure Majda Bani a insisté sur la nécessité d’actualiser l’approche nationale en matière de santé et de sécurité au travail afin de tenir compte des transformations technologiques, démographiques et climatiques.
Le développement de l’intelligence artificielle, le travail à distance et l’essor de l’économie des plateformes font notamment émerger de nouvelles questions concernant les conditions de travail et la protection des salariés.
Le changement climatique constitue également une menace croissante, en particulier pour les travailleurs du bâtiment et des travaux publics. L’exposition prolongée au soleil et aux températures extrêmes durant l’été peut provoquer de graves complications de santé, voire entraîner la mort.
Vers une nouvelle politique de santé et de sécurité au travail
En conclusion, Majda Bani a appelé à ouvrir une nouvelle étape dans les politiques de santé et de sécurité au travail en Tunisie, fondée sur une meilleure adaptation aux évolutions technologiques et aux changements climatiques.
Elle a souligné l’importance de placer la protection de la santé physique et psychologique des travailleurs au cœur des priorités, tout en renforçant les mécanismes de prévention et en adaptant le cadre national aux nouveaux risques professionnels.
