Publié le 14-09-2026

De la Libye à la Tunisie… cocaïne, ecstasy et Lyrica : les routes du trafic se multiplient

Le chef du service de lutte contre les stupéfiants de la police judiciaire d’El Gorjani, Mohamed Ali Chaïbi, a mis en garde contre la montée en puissance des réseaux de trafic de drogues en Tunisie, soulignant que la position géographique du pays l’inscrit dans plusieurs itinéraires régionaux et internationaux de trafic de stupéfiants.



De la Libye à la Tunisie… cocaïne, ecstasy et Lyrica : les routes du trafic se multiplient

La Tunisie au cœur des itinéraires de trafic

Intervenant dans une émission diffusée le 10 septembre par la première chaîne de la télévision nationale, Mohamed Ali Chaïbi a expliqué que les drogues arrivent en Tunisie par voie maritime, aérienne et terrestre. Il a insisté sur l’importance de la coopération avec les pays voisins et les autres Etats concernés, notamment à travers des enquêtes conjointes et l’échange d’informations sur les réseaux internationaux, dans le cadre des conventions bilatérales et internationales.

Il a notamment indiqué que d’importantes quantités de cocaïne et de comprimés d’ecstasy entrent en Tunisie via la frontière libyenne. Selon lui, la dégradation de la situation sécuritaire en Libye depuis 2011 a contribué à transformer le pays en zone de stockage de différents types de stupéfiants, notamment la cocaïne, l’héroïne et les comprimés psychotropes.

Ces données rejoignent celles présentées dans un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, publié en janvier 2025, qui souligne le rôle croissant de la Libye comme point de transit des drogues vers les marchés de la région, dans un contexte directement lié à la situation sécuritaire du pays.

Ecstasy et Lyrica : des drogues qui ciblent les jeunes

Le responsable de la lutte contre les stupéfiants a également expliqué que les comprimés d’ecstasy sont particulièrement diffusés dans les clubs et les discothèques, compte tenu du caractère touristique et jeune de la Tunisie. Parallèlement, les comprimés de Lyrica, contenant de la prégabaline, s’inscrivent désormais dans des itinéraires de trafic traversant plusieurs pays avant d’atteindre le territoire tunisien.

Il a précisé que ces comprimés sont acheminés depuis l’Inde vers l’Algérie, en passant notamment par la Turquie, la Libye et la Tunisie. Selon lui, le passage de quantités considérables par le territoire tunisien entraîne le maintien d’une partie de ces produits sur le marché local, contribuant ainsi à la constitution d’un marché de consommation de la Lyrica en Tunisie.

Plus de 15 000 affaires de drogue en 2025

Mohamed Ali Chaïbi a affirmé que la Tunisie ne connaît pas de culture, de production ou de fabrication de stupéfiants, les drogues présentes sur le marché national entrant dans le pays essentiellement par le biais de la contrebande.

Il a également évoqué l’implication de Tunisiens actifs dans le transport de marchandises entre l’Europe et la Tunisie, ainsi que de membres de communautés africaines résidant dans le pays, dans certaines opérations de trafic.

Le responsable a souligné que le phénomène de la drogue est devenu une forme de criminalité organisée, notamment en France et dans l’espace européen. Il a par ailleurs relevé une hausse importante des saisies de cocaïne au cours des cinq dernières années, ainsi qu’une progression particulièrement marquée des saisies de comprimés psychotropes.

Selon les chiffres présentés, le nombre d’affaires liées aux stupéfiants est passé de plus de 5 000 en 2020 à plus de 15 000 en 2025. Dans le même temps, le nombre de personnes interpellées, parmi les revendeurs, trafiquants et consommateurs, est passé d’environ 10 000 à plus de 27 000.

12 millions de comprimés saisis dans une seule cargaison

L’ampleur du phénomène a notamment été illustrée par une importante opération menée en septembre 2025 au port de Radès. Les autorités y avaient saisi près de 12 millions de comprimés stupéfiants dissimulés dans un conteneur en provenance d’un pays européen, dans ce qui avait été présenté comme l’une des plus importantes opérations de lutte contre le trafic de comprimés jamais réalisées en Tunisie.

Mohamed Ali Chaïbi a précisé que les comprimés saisis étaient à base de prégabaline. Une source judiciaire avait auparavant indiqué que la cargaison était destinée à être écoulée dans le milieu scolaire et à cibler les jeunes.

Le responsable a estimé que le ciblage des établissements éducatifs constitue une tentative visant à « frapper le noyau de la société tunisienne », assurant que le ministère de l’Intérieur œuvre à sécuriser les établissements scolaires et leurs alentours et à lutter contre ces réseaux.

La lutte contre la drogue ne repose pas uniquement sur la sécurité

Mohamed Ali Chaïbi a souligné que la lutte contre les stupéfiants doit reposer sur deux axes complémentaires : réduire l’offre et diminuer la demande. La lutte contre l’offre relève notamment des forces de sécurité, des services chargés de l’application de la loi et de la protection des frontières.

La réduction de la demande nécessite, quant à elle, une approche participative impliquant les familles, les établissements éducatifs, les médias ainsi que les différentes structures de la société civile, afin de sensibiliser aux dangers liés à la consommation de drogues.

Le responsable a également expliqué que la hausse des saisies et des opérations sécuritaires ne signifie pas nécessairement une diminution du phénomène, mais traduit en partie l’intensification des efforts des autorités pour démanteler les réseaux de criminalité organisée actifs dans ce domaine.

Il a enfin insisté sur le fait que la loi sera appliquée à toute personne tombant sous le coup de la législation sur les stupéfiants, quelle que soit sa fonction, son niveau ou son statut social, y compris les agents travaillant au sein des institutions de l’Etat.

Un programme national de prévention

Sur le volet préventif, le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a lancé, depuis le 10 septembre, la première phase d’un programme national de communication pour la prévention des risques liés aux drogues.

Cette initiative est menée en collaboration avec plusieurs ministères, les médias publics ainsi que des organisations et associations partenaires, dans le cadre des efforts visant à renforcer la prévention et la sensibilisation aux dangers des stupéfiants.



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