Publié le 08-07-2026
Voitures électriques en Tunisie : des marques pourraient disparaître, et votre voiture avec elles
C'est la nouvelle ruée vers l'or en Tunisie. Partout à Tunis, Sousse ou Sfax, de nouveaux showrooms poussent comme des champignons, affichant des logos inconnus et des designs futuristes.

Des SUV électriques ultra-connectés, des citadines branchées à des prix défiant toute concurrence, le tout enveloppé dans des promesses de garanties béton (5 ans, 7 ans, voire plus).
Pourtant, derrière le vernis brillant du marketing, un piège monumental est en train de se refermer sur les automobilistes tunisiens.
Le piège BAIC YNXIANG : Une leçon que la Tunisie a déjà payée cher
Pour comprendre le danger, il suffit de regarder un précédent local bien réel : le cas BAIC XY (BAIC YinXiang). Beaucoup d'acheteurs tunisiens ont signé un bon de commande en pensant acheter un véhicule adossé au géant pékinois BAIC Automobile.
En réalité, il s'agissait d'une coentreprise bien plus fragile (BAIC YinXiang). Aujourd'hui, le couperet est tombé de manière définitive : le ministère chinois de l’Industrie (MIIT) a officiellement retiré les qualifications de production de huit constructeurs, dont BAIC YinXiang (Hyosow), mais aussi Lifan, Zotye ou Brilliance. Leurs lignes de production sont scellées, leurs droits gelés à jamais. Ils n'ont plus le droit légal de fabriquer la moindre pièce.
Le résultat pour le consommateur tunisien ? Des voitures impossibles à réparer correctement faute de pièces de rechange, un service après-vente (SAV) fantôme, et des véhicules totalement invendables sur le marché de l'occasion. Personne ne veut racheter une voiture dont le constructeur est mort.
Le « Neijuan » : La guerre d'extermination qui secoue la Chine
Ce qui s'est passé avec BAIC YinXiang n'est pas une anecdote, c'est un avant-goût du séisme à venir. En Chine, le marché des véhicules électriques (EV) et hybrides rechargeables (PHEV) vit sous la loi du « Neijuan » (内卷). C'est une spirale destructrice où 129 marques se livrent une guerre des prix à mort. Tout le monde investit plus, baisse ses prix, vend à perte, dans l'espoir d'asphyxier le voisin.
Selon le cabinet AlixPartners, sur les 129 marques actuelles, une quinzaine seulement survivront d'ici 2030. Les autres vont tout simplement disparaître. Et la sélection naturelle a déjà commencé :
- WM Motor a déposé le bilan.
- HiPhi a suspendu ses activités.
- Jiyue (pourtant adossée aux géants Geely et Baidu) s'est effondrée.
- Evergrande Auto reste l'un des plus grands fiascos industriels de la décennie.
Pour tenter de survivre à ce massacre, ces marques s'exportent massivement et à bas prix vers de nouveaux marchés... comme la Tunisie.
En Tunisie : Des concessionnaires improvisés et sans expérience
Face à cette déferlante, le paysage automobile tunisien s'est transformé en far-west. Des sociétés commerciales, des importateurs opportunistes et de nouvelles représentations sans aucune expérience historique dans le secteur automobile ouvrent à tour de bras.
Attirées par des marges à court terme, ces structures n'ont ni les reins financiers, ni la culture technique pour assurer un suivi sur le long terme. Or, une voiture électrique n'est pas une voiture thermique. C'est un smartphone géant sur roues. Votre dépendance au constructeur est absolue :
- Mises à jour du logiciel (Software) : Si le serveur du constructeur coupe en Chine, l'écran de votre voiture peut s'éteindre définitivement.
- Gestion de la batterie : En cas de cellule défectueuse, seul le constructeur possède les protocoles.
- Pièces de carrosserie et d'usure : Sans usine mère, aucun réseau parallèle (comme la casse ou l'adaptable) ne pourra vous fournir.
L'illusion de la garantie : Une garantie de 7 ans offerte par un concessionnaire local ne vaut que si deux entités restent en vie : le constructeur en Chine et l'importateur en Tunisie. Si la maison-mère fait faillite, la société économique locale, même de bonne foi, ne pourra plus rien pour vous et mettra la clé sous la porte. Les exemples internationaux comme Aiways en Europe ou Fisker aux États-Unis l'ont prouvé.
Avant de signer : Posez-vous la bonne question
L'effondrement des marques chinoises n'est plus une hypothèse, c'est un calendrier industriel en cours d'exécution. Les grandes manœuvres mondiales montrent que même les géants européens capitulent et intègrent des technos chinoises (Stellantis avec Leapmotor, Renault pour sa future Twingo). La frontière est floue, mais le risque, lui, est bien net.
Aujourd'hui, en Tunisie, face à un vendeur qui vous propose un prix défiant toute concurrence et un écran tactile gigantesque, la vraie question n'est plus : « Combien coûte cette voiture ? »
La seule question qui compte est : « Qui sera encore là dans 5 ans pour réparer ma voiture et me fournir une pièce de rechange ? » Si la réponse derrière le logo est floue, fuyez.
