Publié le 06-04-2026

Chekandali : La tendance à la baisse de l'investissement reflète les défis du pays

M. Ridha Chekandali, expert en économie, a affirmé dans une interview accordée à la radio « Express » que l’investissement dans tout pays est directement lié aux périodes politiques et à la stabilité gouvernementale.



Chekandali : La tendance à la baisse de l'investissement reflète les défis du pays

Il a précisé que la stabilité politique constitue un facteur essentiel dans le calcul des indicateurs du climat des affaires et des indicateurs de notation souveraine, ce qui rend la compréhension de la relation entre les périodes politiques et les taux d’investissement particulièrement importante pour la Tunisie.

M. Chekandali a souligné que son analyse prend en compte tous les présidents de la République, passés et actuel, expliquant que certaines périodes présidentielles ont été marquées par des conflits entre le gouvernement et le parlement, affectant ainsi la stabilité politique et par conséquent l’investissement. Il a ajouté que la première période de la présidence de Kaïs Saïed a été caractérisée par un manque de stabilité politique dû à des tensions entre les trois institutions, nécessitant de diviser cette période en deux segments afin d’étudier son impact avec précision.

Défis économiques mondiaux et impact sur la Tunisie

M. Chekandali a expliqué que la situation économique et géopolitique mondiale actuelle, notamment dans le Golfe et au Moyen-Orient, a un impact direct sur l’investissement étranger direct en Tunisie. Il a rappelé que l’économie tunisienne repose principalement sur quatre piliers fragiles : l’agriculture, les transferts des Tunisiens de l’étranger, le tourisme et les investissements locaux. Tout trouble mondial ou régional, comme la hausse des prix des engrais ou l’inflation dans les pays européens et du Golfe, affectera directement ces secteurs.

Agriculture et transferts des Tunisiens de l’étranger

L’expert a précisé que l’agriculture tunisienne dépend fortement des importations de produits essentiels, donc toute perturbation des approvisionnements mondiaux, comme la fermeture du détroit d’Ormuz, aura un impact négatif sur la production locale et la sécurité alimentaire. Quant aux transferts des Tunisiens de l’étranger, ils constituent un pilier fondamental de l’économie tunisienne et seront indirectement affectés par les perturbations financières dans les pays du Golfe et en Europe, ce qui pourrait réduire le pouvoir d’achat de ces transferts.

Tourisme et opportunités d’investissement

M. Chekandali a souligné que le tourisme est un secteur clé de l’économie tunisienne, mais que l’inflation mondiale et la variation du pouvoir d’achat des touristes européens et du Golfe pourraient affecter leur afflux en Tunisie. Toutefois, il a estimé que cette situation représente une opportunité pour la Tunisie d’attirer un tourisme de haute qualité, capable de compenser la baisse du tourisme classique et de renforcer la position du pays en tant que destination touristique de choix.

Opportunités dans le phosphate et les énergies renouvelables

L’expert a également abordé le secteur du phosphate, précisant que malgré la crise traversée par les entreprises de phosphate, cette situation offre une opportunité de développement, notamment à travers l’amélioration de la production et le renouvellement des infrastructures et équipements. Il a aussi évoqué le potentiel du secteur des énergies renouvelables, qui pourrait devenir une opportunité stratégique pour soutenir l’investissement et améliorer les indicateurs économiques en Tunisie, à condition de mettre en place des stratégies claires et continues.

Lecture des chiffres et indicateurs d’investissement

M. Chekandali a présenté une explication précise sur le calcul de l’investissement en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), indiquant que :
Investissement = Formation brute de capital fixe + Variation des stocks.
Il a précisé que les indicateurs officiels peuvent varier selon la méthode de calcul, mais qu’il a surtout analysé la tendance générale des chiffres, qui montre une forte baisse du taux d’investissement par rapport au PIB depuis 2010, passant d’environ 26% à environ 8% à partir de 2023, reflétant les réelles difficultés rencontrées par l’économie tunisienne depuis la révolution.

L’expert a souligné que l’objectif de l’analyse n’est pas seulement d’évaluer la performance, mais aussi de comprendre les causes de la baisse, et de proposer des solutions concrètes pour stimuler l’investissement, créer de la richesse, générer des emplois et améliorer le pouvoir d’achat des citoyens.

M. Chekandali a conclu en affirmant que la situation économique actuelle de la Tunisie présente de grands défis, mais offre également des opportunités réelles si elles sont exploitées de manière stratégique, que ce soit par le renforcement de l’investissement local, le développement du phosphate et des énergies renouvelables, ou l’attraction d’un tourisme de qualité. Il a ajouté que la lecture des chiffres et leur comparaison avec les indicateurs mondiaux restent essentielles pour identifier les forces et les faiblesses et élaborer des politiques économiques appropriées.



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