Publié le 16-02-2026
De l'ombre des quartiers à la lumière du cinéma : Comment Enda a révélé le talent de Moez
Entre les ruelles de la Cité Ettahrir et les échos de la jeunesse de la Cité Ettadhamen, naissent des success stories qui transcendent le soutien matériel pour toucher l’âme. Dans un entretien exclusif, Lassaad Bousbiâ, animateur et formateur chez "Enda Inter-Arabe", dévoile le visage humain de l’organisation : un incubateur social qui réhabilite les jeunes, couve les talents et transforme la précarité en héros de scène et de grand écran.

Les Racines : « Enda la Mère » et les services non financiers
Lassaad Bousbiâ précise d'emblée qu'une confusion persiste souvent entre le volet financier et le volet social de l’organisation. Il souligne que Enda Inter-Arabe est l'ONG "mère", celle qui a précédé "Enda Tamweel" (la société devenue autonome en 2016).
Bousbiâ ajoute : « Depuis les années 90, nous nous concentrons sur les jeunes et les femmes des quartiers populaires, non seulement par le crédit, mais aussi par la réhabilitation sanitaire et professionnelle. Nous avons découvert que beaucoup de jeunes ont des idées créatives mais manquent de financement et d'encadrement. Notre rôle a été de combler ce fossé via des services non financiers ».
Le Centre de la Cité Ettahrir : Un poumon pour un million d'habitants
Le centre situé à la Cité Ettahrir constitue un point d’ancrage stratégique, desservant des zones à forte densité démographique telles que Cité Ettadhamen, Ksar Saïd et la Cité Ibn Khaldoun.
Bousbiâ décrit la vitalité du lieu : « Le week-end, l’espace se transforme en une véritable ruche bourdonnante de vie grâce aux clubs de théâtre, de musique et de peinture. Notre objectif est d’offrir un encadrement global aux jeunes, qu'ils soient en difficulté sociale ou non. L'essentiel est de les intégrer dans le cycle économique et social ».
L’histoire de "Moez" : Du club de théâtre au grand écran
Le parcours du jeune "Moez" est un exemple concret du travail accompli par les formateurs comme Lassaad Bousbiâ. C’est lors des ateliers de théâtre au centre que le réalisateur Anis Lassoued a repéré le talent de Moez, alors qu’il préparait un film sur un enfant à la recherche de sa mère.
Bousbiâ souligne le rôle de l'institution dans cette aventure : « Tous les éléments étaient réunis ici, au club de théâtre. Enda a contribué à encadrer Moez et ses amis sans aucun but lucratif, car notre mission est avant tout sociale. Notre collègue Nejma Zghidi a également joué un rôle pivot en tant que lien, grâce à son travail avec les enfants sans soutien familial, facilitant ainsi l’immersion de Moez dans ce parcours créatif ».

Méthodologie : « École de la deuxième chance » et soutien psychologique
Le rôle de Lassaad Bousbiâ et de son équipe ne s'arrête pas à l'animation ; il s'étend à la recherche de solutions structurelles. « Nous ne prétendons pas tout traiter seuls. Nous disposons de psychologues et d'animateurs, et pour les cas nécessitant une expertise plus pointue, nous orientons les jeunes vers les institutions étatiques compétentes ».
Il précise concernant la coopération institutionnelle : « Nous collaborons étroitement avec l’École de la deuxième chance pour réhabiliter les enfants en décrochage scolaire et les orienter soit vers l’enseignement, soit vers la formation professionnelle, afin de garantir leur retour à une vie sociale normale ».
Conclusion : Investir dans "l’Humain" d'abord
Lassaad Bousbiâ conclut en réaffirmant que la mission fondamentale d'Enda est la réinsertion des jeunes dans la vie publique. L’expérience du centre, au cœur de quartiers regroupant près d’un million d’habitants, prouve que l’art et la formation sont les armes les plus puissantes contre la marginalisation.
