Publié le 03-02-2026
Scandale SNDP-Agil : Quand le kérosène des Tunisiens finançait les privilèges d’une élite
C’est un verdict qui fera date dans la lutte contre la corruption financière en Tunisie.

À l’aube de ce mardi 3 février 2026, la Chambre criminelle spécialisée du Tribunal de première instance de Tunis a rendu son jugement dans l’affaire dite Syphax-Agil, révélant les coulisses d'une gestion désastreuse de la Société Nationale de Distribution des Pétroles (SNDP).
La SNDP, banque ouverte pour intérêts privés
Au centre de ce dossier noir, la SNDP-Agil, fleuron industriel tunisien, semble avoir été utilisée comme un levier financier au profit de la compagnie privée Syphax Airlines, propriété de l'homme d'affaires Mohamed Frikha. L'enquête démontre que la SNDP a fourni des quantités massives de kérosène à la compagnie sans obtenir les garanties bancaires d'usage, accumulant une ardoise de près de 20 millions de dinars de créances impayées.
Ce n'est pas seulement une faillite commerciale, mais un véritable système de détournement de fonds publics et de portes ouvertes sur les deniers de l'État qui a été sanctionné.
Un réseau d’influences : Harouni et la complaisance politique
Le verdict souligne une complicité à plusieurs niveaux :
- Abdelkrim Harouni, ex-ministre des Transports, a été condamné à 2 ans de prison. Son rôle est pointé du doigt pour avoir usé de son autorité afin de maintenir ce flux de carburant malgré l'insolvabilité notoire de la compagnie privée.
- Les cadres, condamnés à 6 ans de prison, sont jugés pour avoir trahi leur mission de protection du patrimoine public en validant des transactions préjudiciables à l'entreprise nationale.
Mohamed Frikha : La chute d’un empire
Principal bénéficiaire de ces largesses pétrolières, Mohamed Frikha écope de la peine la plus lourde : 7 ans de prison. Pour la justice, l'homme d'affaires a profité d'un système de protection politique pour maintenir son entreprise à flot avec le kérosène payé, indirectement, par le contribuable tunisien.
Les conséquences pour le citoyen
Ce procès met en lumière l'hémorragie financière subie par les entreprises publiques tunisiennes. Au-delà des peines de prison, les amendes colossales infligées visent à restituer à l'État des fonds qui auraient dû servir à l'investissement public plutôt qu'au sauvetage d'intérêts privés.
