Publié le 17-10-2015

Accident Vasculaire Cérébral, AVC : Une nouvelle technique qui sauve des vies

Il s’agit d’un phénomène qui vous prend par surprise, donc, personne ne peut le prévoir. D’où sa dangerosité. C’est l’AVC, accident vasculaire cérébral, appelé aussi fléau du 21ème siècle. Sa prise en charge est, également, lourde et pas toujours couronnée de succès. Et voilà qu’on nous annonce une avancée majeure, prometteuse et qui peut surtout sauver des vies.



Accident Vasculaire Cérébral, AVC : Une nouvelle technique qui sauve des vies

C’est la Trombectomie mécanique, une technique manuelle qui capture le caillot directement dans le cerveau, sauve des vies et évite coma et paralysie. Plusieurs études internationales viennent de confirmer l’efficacité spectaculaire de ce dispositif élaboré par des neuroradiologues français.

Jusqu’ici, lorsque le traitement anticoagulant était impossible ou insuffisant, les victimes décédaient ou restaient gravement handicapées.

Le Dr Paul-Emile Labeyrie, neuroradiologue aux Hospices civils de Lyon, à l’hôpital Pierre-Wertheimer, explique que l’AVC ischémique, représente 80 % de tous les AVC, les 20 % restants étant les accidents vasculaires hémorragiques (artère cérébrale rompue).

« Pendant vingt ans, le seul traitement a été la thrombolyse intraveineuse. Un médicament est injecté dans les veines du patient qui va dissoudre le caillot, tentant ainsi de déboucher l’artère atteinte. Ce traitement marche bien pour les petites artères, mais beaucoup moins bien pour les grosses. Par ailleurs, il ne peut pas être administré à tous les patients. Par exemple, un malade opéré quelques jours avant un AVC ou un autre porteur d’un traumatisme crânien ou sous anticoagulant ne pourront pas en bénéficier en raison du risque hémorragique. De plus, ce médicament ne peut être administré que dans les quatre heures trente suivant le début des symptômes. Or il est souvent difficile de dater l’AVC. Beaucoup de gens se réveillent un matin paralysés d’un côté sans que l’on sache quand les symptômes ont commencé. En conclusion, pour les AVC les plus graves (gros caillots avec risque important d’infarctus du cerveau), il existait peu de solutions. Jusqu’à ce que des études récentes prouvent la supériorité de la thrombectomie mécanique pour déboucher les grosses artères du cerveau sur la thrombolyse intraveineuse », précise-t-il, dans une longue interview à Paris Match.

Depuis décembre  2014, six études internationales, dont cinq dans le prestigieux « New England Journal of Medicine », ont démontré le bénéfice de la thrombectomie mécanique pour le pronostic de l’AVC, tant sur le handicap neurologique que sur la mortalité. Il y a rarement eu, dans l’histoire de la médecine, de telles preuves de l’efficacité d’un nouveau traitement. Au point même qu’il n’était plus éthique de continuer à randomiser les patients : ils devaient tous bénéficier de ce traitement ! Pour les médecins qui traitent les AVC, ces résultats sont fantastiques, des milliers de vies pourront être sauvées chaque année grâce à cette avancée majeure.

Et le Dr Paul-Emile Labeyrie d’expliquer en détail l’opération : On retire le caillot (thrombus) de l’artère de façon mécanique, au moyen d’un système de petite épuisette (stent).

Cette intervention se pratique au bloc opératoire, où le patient est admis en extrême urgence, dès que son ischémie est authentifiée par scanner ou IRM. Nous réalisons alors une ponction de l’artère fémorale du patient, sous anesthésie locale, dans laquelle on introduit un cathéter qui remonte l’aorte à contre-courant jusqu’au cerveau. Le cathéter permet ainsi d’amener le « stent retriever » jusque dans les artères du cerveau : le stent se déploie au contact du caillot et s’y accroche en quelques dizaines de secondes. Le caillot, emprisonné dans le stent, redescend par le cathéter jusqu’à l’artère fémorale, où il est extrait. Si le patient n’est pas agité, l’intervention peut se dérouler sous anesthésie locale. On manœuvre à mains nues, à l’extérieur du corps, depuis la table opératoire. Aucun robot, pas d’outil particulier. Les mains du médecin manipulent avec une grande précision le canal opérateur (à l’intérieur du cathéter), depuis l’artère fémorale jusqu’au cerveau, pour faire progresser le dispositif. Afin de se repérer à l’intérieur des artères cérébrales, le patient est placé sous une caméra à rayons X qui permet une vidéo en transparence », affirme-t-il.