Publié le 28-10-2026
Inclusion financière en Tunisie : seules 18 % des femmes accèdent aux services bancaires dans sept gouvernorats
Une étude réalisée par l’Observatoire de l’inclusion financière de la Banque centrale de Tunisie, en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a révélé un faible accès des femmes aux services financiers dans six gouvernorats du Sud, ainsi que dans celui de Kairouan. Dans ces régions, la proportion de femmes ayant recours aux services bancaires ne dépasse pas 18 %.

L’étude, menée auprès d’un échantillon de 2 057 jeunes et femmes, a montré que 98 % des femmes utilisent les espèces pour leurs transactions financières, tandis que seulement 0,3 % d’entre elles disposent d’un portefeuille électronique, ce qui témoigne du faible recours aux services financiers numériques.
La directrice générale de l’Observatoire de l’inclusion financière de la Banque centrale de Tunisie, Raja Dahman, a indiqué, dans une déclaration à l’agence Tunis Afrique Presse (TAP), que l’étude a porté sur les gouvernorats de Tataouine, Kébili, Médenine, Gabès, Tozeur et Gafsa, ainsi que Kairouan. Elle vise à dresser un état des lieux de l’inclusion financière des jeunes et des femmes et à identifier les obstacles qui les empêchent de bénéficier des services financiers.
Dépendance financière et manque de confiance : les principaux obstacles
Raja Dahman a expliqué que les résultats de l’étude mettent en évidence plusieurs obstacles à l’accès des femmes aux services financiers, notamment leur dépendance financière à l’égard du chef de famille et leur faible autonomie financière, auxquels s’ajoutent une confiance limitée dans le secteur bancaire et la faiblesse des revenus. Ces facteurs réduisent leurs possibilités d’ouvrir des comptes bancaires et d’atteindre l’indépendance financière.
Elle a également souligné que certaines femmes éprouvent des difficultés à traiter avec les établissements bancaires en raison des termes techniques utilisés par les employés, qu’elles jugent complexes et difficiles à comprendre. Cette situation suscite chez elles une certaine appréhension à l’idée de se rendre dans les agences bancaires pour se renseigner sur les services disponibles.
Selon les résultats de l’étude, 32 % des femmes estiment que les institutions financières ne fournissent pas suffisamment d’informations sur leurs produits, leurs services et leurs avantages. Elles privilégient notamment l’organisation de campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux afin de mieux comprendre les services financiers et leurs modalités d’utilisation.
L’étude a également révélé que la Poste tunisienne bénéficie du niveau de confiance le plus élevé auprès des femmes interrogées, suivie des banques commerciales puis des compagnies d’assurance. Ce constat souligne l’importance de tenir compte du degré de confiance des citoyens envers les institutions financières lors de l’élaboration des programmes de sensibilisation, selon Raja Dahman.
Une caravane de sensibilisation financière dans les régions
Afin de surmonter ces difficultés, la directrice générale de l’Observatoire de l’inclusion financière a annoncé le lancement, au début du mois d’octobre, d’une caravane consacrée à la culture financière, en collaboration avec l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) et le Programme des Nations unies pour le développement.
La caravane a déjà fait étape dans les gouvernorats de Médenine, de Kébili, notamment à Douz, et de Gabès. Ses activités doivent se poursuivre à Gafsa, Tataouine, Tozeur et Kairouan.
Cette initiative cible les femmes dans les gouvernorats concernés, en particulier les entrepreneuses et les porteuses de projets. Elle vise à les sensibiliser à l’importance de l’inclusion financière et à leur présenter les services et produits disponibles afin de leur permettre de mieux les utiliser dans la gestion de leurs activités et de leurs projets.
La caravane prévoit des rencontres directes entre les femmes et les représentants des institutions financières, notamment les banques, la Poste tunisienne, les institutions de microfinance et les établissements de paiement. Ces échanges leur permettent de poser leurs questions, d’exprimer leurs besoins et de s’informer sur les services auxquels elles peuvent accéder.
Raja Dahman a souligné que ces rencontres s’inscrivent dans la volonté de l’Observatoire de rapprocher les institutions financières des catégories ciblées et de favoriser un dialogue direct afin de clarifier la nature des services financiers et les conditions nécessaires pour en bénéficier.
Un programme national de culture financière destiné à cinq catégories
Concernant les missions de l’Observatoire, Raja Dahman a expliqué que cet organisme a été créé en vertu de la loi n° 35 de 2016 portant modification de la loi organique relative à la Banque centrale de Tunisie. Il est chargé d’évaluer et de suivre l’évolution de l’accès aux services financiers, de veiller à leur qualité, de collecter des données quantitatives et qualitatives et de mettre en place une base de données dans ce domaine.
L’Observatoire joue également un rôle de proposition auprès du secteur financier et des structures publiques concernées par l’inclusion financière, en présentant des recommandations visant à développer les services et à en améliorer l’accès.
Depuis sa création en 2016, l’Observatoire a œuvré à la mise en place de son organisation institutionnelle et de son système de gouvernance. Il comprend notamment un conseil d’administration présidé par le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, un conseil scientifique et une direction générale chargée de la mise en œuvre de ses activités. Son siège se trouve à la Banque centrale.
Dans le cadre du diagnostic de la situation de l’inclusion financière en Tunisie, l’Observatoire a réalisé en 2018 une enquête nationale auprès d’un échantillon de 1 000 petites et moyennes entreprises et d’environ 6 250 ménages. Cette enquête a mis en évidence un faible niveau de culture financière.
À la suite de ces résultats, une stratégie nationale d’inclusion financière a été élaborée puis approuvée par un conseil ministériel. Elle a été suivie de la mise en place d’un programme national d’éducation financière destiné à sensibiliser les citoyens et les catégories ciblées aux questions financières et à renforcer leur capacité à comprendre les services disponibles et à les utiliser.
Selon Raja Dahman, le programme national de culture financière cible cinq catégories principales : les enfants et les jeunes, les femmes, les employés des secteurs public et privé, les très petites, petites et moyennes entreprises, ainsi que les personnes en situation de handicap.
Depuis 2023, l’Observatoire a mis en œuvre plusieurs projets et activités dans le domaine de la culture financière. Ceux-ci comprennent des manifestations et des campagnes de sensibilisation dans les collectivités locales, des actions destinées aux étudiants et aux élèves des établissements secondaires, ainsi que la participation à la Semaine mondiale de l’éducation financière à travers des activités et des espaces de sensibilisation ouverts au public dans plusieurs régions.
L’Observatoire a également réalisé des projets en partenariat avec plusieurs acteurs, notamment la GIZ, le PNUD, l’Agence française de développement (AFD), l’organisation de coopération pour le développement des pays émergents Cospe, ainsi que des experts techniques. Ces projets sont principalement axés sur le renforcement de l’inclusion financière des femmes et des jeunes.
Améliorer l’accès des personnes en situation de handicap aux services financiers
S’agissant des personnes en situation de handicap, Raja Dahman a indiqué que l’Observatoire a réalisé en 2026 une étude sur l’accès de cette catégorie aux services financiers, en partenariat avec des organisations œuvrant dans le domaine de l’accompagnement des personnes en situation de handicap.
Les résultats ont mis en évidence plusieurs obstacles, notamment les difficultés liées aux infrastructures des établissements financiers, qui limitent la capacité de ces personnes à accéder aux agences et à bénéficier des services proposés.
L’étude recommande de renforcer l’accès de cette catégorie aux services bancaires et financiers et de mettre à disposition des chargés de clientèle maîtrisant la langue des signes, afin de faciliter la compréhension des services bancaires et d’assurance par les personnes sourdes ou malentendantes et leurs échanges avec les institutions financières.
Raja Dahman a ajouté que l’Observatoire a adressé des correspondances au médiateur financier et bancaire, à la Fédération tunisienne des sociétés d’assurances, au Comité général des assurances et à l’Autorité de contrôle de la microfinance, dans le but de travailler à l’élaboration de textes réglementaires appelant les institutions du secteur financier à améliorer la qualité des services destinés aux personnes en situation de handicap.
Au cours de l’année 2026, l’Observatoire a également organisé une session de sensibilisation destinée aux personnes aveugles, en collaboration avec l’association Dar Nabila internationale pour les aveugles.
Enfin, Raja Dahman a affirmé que l’Observatoire entend poursuivre ses projets de sensibilisation destinés aux femmes, aux jeunes, aux entrepreneurs et aux porteurs de projets. Des sessions annuelles de formation et de sensibilisation seront également organisées au profit de ces catégories, dans le cadre des efforts visant à développer la culture financière et à faciliter l’accès aux services financiers.
