Publié le 04-09-2026

Prêts d’honneur : sans intérêts ni garanties, mais avec des risques pour les bénéficiaires ?

Le nouveau mécanisme de prêts et financements d’honneur destinés aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux sociétés communautaires pourrait se heurter à plusieurs difficultés susceptibles de limiter son efficacité, estime le professeur d’économie Aram Belhaj.

 

 

 

 



Prêts d’honneur : sans intérêts ni garanties, mais avec des risques pour les bénéficiaires ?

Intervenant ce vendredi 04 septembre 2026 sur les ondes d’Express FM, l’économiste a notamment pointé les difficultés liées à l’évaluation des risques, à la capacité de remboursement des bénéficiaires et au montant des fonds consacrés à ce dispositif, malgré la publication par la Banque centrale de Tunisie (BCT) d’une circulaire encadrant les conditions d’octroi de ces financements.

Des risques difficiles à évaluer pour les banques

Pour Aram Belhaj, la première difficulté concerne l’évaluation et la tarification des risques. Les prêts d’honneur étant accordés sans intérêts, sans garanties et sans caution, les banques pourraient éprouver des difficultés à déterminer le niveau de risque associé à ces financements.

Or, rappelle-t-il, l’une des principales fonctions du secteur bancaire consiste précisément à évaluer et à tarifer les risques liés aux opérations de financement.

Le deuxième enjeu porte sur la capacité des demandeurs à rembourser les financements accordés. Cette évaluation devrait rester largement soumise à l’appréciation des banques, ce qui pourrait, selon l’économiste, entraîner des disparités dans le traitement des dossiers.

Une enveloppe de 120 millions de dinars

Aram Belhaj s’interroge également sur l’enveloppe de 120 millions de dinars consacrée à ce mécanisme, qu’il juge limitée au regard des besoins de financement, particulièrement ceux des PME.

« Le montant reste faible par rapport à la demande », estime en substance l’économiste, alors que les difficultés d’accès au financement constituent depuis plusieurs années un obstacle pour une partie des entreprises tunisiennes.

Le spécialiste a également attiré l’attention sur les défis opérationnels liés à l’entrée en vigueur de la circulaire au début du mois d’octobre.

Les banques devront, dans un délai relativement court, mettre en place les plateformes électroniques destinées à recevoir les demandes de financement et assurer le suivi des opérations, conformément au nouveau dispositif.

Le risque d’une « discrimination négative »

Laisser une marge importante d’appréciation aux banques dans l’examen des demandes pourrait également, selon Aram Belhaj, favoriser une forme de « discrimination négative ».

Les établissements financiers pourraient être tentés de privilégier leurs clients habituels, dont ils disposent déjà d’informations sur la situation financière, au détriment de personnes ou d’entreprises qui n’ont jamais bénéficié de financements bancaires.

Cette situation pourrait, selon lui, aller à l’encontre de l’objectif initial du dispositif, qui consiste justement à faciliter l’accès au financement aux personnes et aux entreprises jusque-là éloignées du système bancaire.

Belhaj propose un fonds alimenté par les bénéfices des banques

Pour remédier à ces difficultés, l’économiste propose d’envisager un mécanisme alternatif reposant sur l’affectation de 8 % des bénéfices des banques à un fonds à vocation sociale géré par l’État.

Ces ressources pourraient ensuite être orientées vers les catégories de population et les entreprises ciblées par la politique de financement social.

Au-delà du dispositif des prêts d’honneur, Aram Belhaj estime enfin que la faible progression des financements accordés à l’économie, notamment aux PME, constitue l’un des facteurs susceptibles d’expliquer la faiblesse de la croissance économique en Tunisie.



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