Publié le 28-07-2026
Coupures d'électricité : les salariés seront-ils payés malgré l'arrêt du travail ?
Les coupures répétées d’électricité survenues durant la récente vague de chaleur ont contraint plusieurs entreprises et usines à interrompre leurs activités. Cette situation soulève une question importante pour de nombreux travailleurs : un salarié qui s’est présenté à son travail mais n’a pas pu exercer son activité en raison d’une coupure de courant a-t-il droit à l’intégralité de son salaire ?

Le salarié est présent, mais l’activité est à l’arrêt
Hafedh Ammouri, spécialiste du droit du travail et de la sécurité sociale, a expliqué que cette situation pose un problème juridique qui concerne les deux parties. Le salarié considère qu’il s’est présenté à l’heure et est resté à la disposition de son entreprise, prêt à travailler, et que la coupure d’électricité ne relève donc pas de sa responsabilité.
De son côté, l’employeur se retrouve dans une situation difficile puisque l’entreprise a dû interrompre son activité, tout en restant tenue de verser les salaires alors que les heures de travail n’ont pas été effectivement réalisées.
Les coupures d’électricité constituent-elles un cas de force majeure ?
Selon Hafedh Ammouri, le droit tunisien reconnaît la notion de force majeure, qui désigne des circonstances indépendantes de la volonté de l’être humain et sur lesquelles il n’a aucun contrôle.
Dans le cas des coupures liées à la forte pression exercée sur le réseau électrique en raison de la hausse exceptionnelle des températures, la situation pourrait, en principe, être considérée comme relevant de la force majeure.
Toutefois, la question n’est pas automatiquement tranchée, notamment lorsque les coupures d’électricité sont programmées et annoncées à l’avance. Une interrogation se pose alors : peut-on toujours parler de force majeure lorsque la coupure est prévisible et qu’elle a fait l’objet d’une annonce préalable ?
Autre problème : les horaires annoncés ne sont pas toujours précis
L’expert a également souligné que le manque de précision concernant les horaires des coupures complique davantage la situation. Dans certains cas, des coupures sont annoncées à l’avance dans une zone donnée et pour une période précise, mais l’interruption réelle peut survenir à un autre moment ou se prolonger au-delà de l’horaire initialement annoncé.
Cette situation soulève de nouvelles questions juridiques entre employeurs et salariés, notamment pour déterminer qui doit prendre en charge les heures de travail qui n’ont pas été effectuées.
Une solution consensuelle pour préserver les intérêts des deux parties
Hafedh Ammouri a proposé une solution consensuelle qui permettrait de prendre en compte les intérêts des deux parties. Elle consisterait à maintenir l’intégralité du salaire du salarié pendant la période durant laquelle l’activité a été interrompue en raison des coupures, puis à récupérer progressivement les heures de travail perdues.
Les heures non travaillées pourraient ainsi être récupérées au cours du reste de l’année, par exemple en ajoutant une demi-heure ou une heure de travail par jour. Cette solution permettrait au salarié de conserver son salaire mensuel tout en donnant à l’entreprise la possibilité de récupérer progressivement les heures de travail perdues en raison de l’arrêt forcé de l’activité.
Faut-il une législation spécifique pour les situations climatiques exceptionnelles ?
Concernant les solutions à envisager à l’avenir, Hafedh Ammouri estime qu’il serait possible de réfléchir à un cadre juridique clair pour les situations d’urgence et les circonstances exceptionnelles, notamment face à la multiplication des vagues de chaleur et des phénomènes climatiques extrêmes.
Il a rappelé que la notion de force majeure ne concerne pas uniquement le droit du travail, mais peut également s’appliquer à d’autres événements exceptionnels tels que les inondations, les séismes et les catastrophes naturelles. Il serait donc possible de mettre en place des mécanismes juridiques précis pour gérer ce type de situations et éviter les conflits entre salariés et entreprises.
Une information précise pourrait éviter de nombreux problèmes
L’expert a insisté sur la nécessité de fournir des informations précises et claires concernant les horaires des coupures d’électricité, afin de permettre aux travailleurs et aux entreprises de prendre les mesures nécessaires et d’organiser leur activité à l’avance.
Il a également appelé à renforcer le réseau électrique et les infrastructures afin de faire face à la hausse continue des températures, notamment dans un contexte de changement climatique qui impose de nouveaux défis à différents secteurs.
En conclusion : la nécessité d’un cadre légal clair
Selon Hafedh Ammouri, la mise en place de règles claires concernant l’arrêt du travail en raison de circonstances exceptionnelles serait préférable à une situation où chaque cas donne lieu à un débat entre employeur et salarié.
Parmi les solutions envisageables, il cite notamment la possibilité d’instaurer un congé exceptionnel en cas de situation d’urgence, en précisant clairement s’il serait rémunéré intégralement ou à moitié. Une telle mesure permettrait de clarifier les droits des salariés et les obligations des employeurs, tout en réduisant les risques de conflits à l’avenir.
