Publié le 03-06-2026
Dhaker Lahidheb : en Tunisie, le tabagisme est responsable de 20 décès sur 100
En marge du premier forum intitulé « Le tabagisme au Maghreb : débats autour d’un défi commun », organisé par la plateforme med.tn, le Dr Dhaker Lahidheb, spécialiste en cardiologie, a indiqué que le monde enregistre une baisse du nombre de fumeurs grâce aux campagnes internationales, à la hausse des prix du tabac et au renforcement des politiques de prévention, notamment en Europe du Nord, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Asie de l’Est.

Il a ajouté que cette dynamique mondiale contraste fortement avec la situation dans les pays du Maghreb, où les taux de tabagisme continuent d’augmenter.
« Le monde connaît une baisse du nombre de fumeurs grâce aux campagnes mondiales, à la hausse des prix et aux efforts déployés en Europe du Nord, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Asie de l’Est »
Il a également précisé que les pays du Maghreb enregistrent une tendance inverse, marquée par une progression inquiétante du tabagisme.
« Dans nos pays du Maghreb, les chiffres continuent d’augmenter et la situation n’est pas satisfaisante »
Concernant les maladies cardiovasculaires, le spécialiste a souligné l’aggravation du lien entre tabagisme et infarctus, indiquant qu’au cours des années 1990, environ 20 % des patients victimes d’infarctus étaient fumeurs, contre plus de 50 à 55 % aujourd’hui.
« Dans les années 1990, environ 20 % seulement des patients atteints d’infarctus étaient fumeurs, alors qu’aujourd’hui ils représentent plus de 50 à 55 % »
Il a ajouté que le tabagisme constitue une cause majeure de mortalité en Tunisie, notamment à travers les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires et les cancers, avec environ 20 décès sur 100 liés à cette addiction.
« Sur 100 décès en Tunisie, environ 20 sont liés au tabagisme, ce qui représente une véritable catastrophe sanitaire »
Le Dr Dhaker Lahidheb a également alerté sur le fait que les politiques de prévention actuelles n’atteignent pas suffisamment la population, en particulier les jeunes.
« Nos politiques liées au tabagisme ne parviennent pas correctement aux citoyens, en particulier aux jeunes »
Il a souligné que l’Organisation mondiale de la santé cible prioritairement la tranche d’âge des 13 à 15 ans, particulièrement exposée aux stratégies des industries du tabac visant à introduire la nicotine dans le cerveau en développement.
« Les 13 à 15 ans constituent la cible des industries du tabac, qui cherchent à introduire la nicotine dans le cerveau en développement »
Il a expliqué que cette exposition précoce entraîne une dépendance rapide à la nicotine, affectant la concentration, la mémoire et les capacités d’apprentissage.
« Lorsque la nicotine atteint le cerveau à cet âge, elle crée une dépendance qui rend l’élève dépendant pour étudier, mémoriser et se concentrer »
Le spécialiste a critiqué l’efficacité des campagnes de prévention traditionnelles, estimant qu’elles ne touchent plus les jeunes générations, qui consomment principalement du contenu sur les réseaux sociaux.
« Les campagnes classiques, comme les affiches ou les flyers, ne sont plus efficaces, car les jeunes ne les consultent plus »
Il a ainsi appelé à adopter des stratégies numériques modernes basées sur des vidéos courtes diffusées sur les réseaux sociaux, en exploitant les algorithmes pour toucher un large public jeune.
« Les jeunes consomment aujourd’hui des vidéos courtes sur les réseaux sociaux, il faut donc leur transmettre les messages via ces plateformes »
Il a également insisté sur l’importance d’impliquer des personnalités publiques influentes telles que les sportifs, artistes et célébrités dans les campagnes de lutte contre le tabagisme.
« Une personnalité connue, un footballeur ou un chanteur peut avoir un impact beaucoup plus fort pour encourager l’arrêt du tabac »
Enfin, il a souligné la nécessité de rendre les centres d’aide au sevrage tabagique gratuits, accessibles et rattachés aux structures publiques de santé, avec des délais de rendez-vous réduits.
