Publié le 17-09-2026
Garde des enfants en Tunisie : dans quels cas la mère peut-elle la perdre ?
La juriste Samia Ben Moussa a expliqué que, selon le droit tunisien, la garde consiste principalement à assurer la protection de l’enfant, son éducation et sa prise en charge, notamment en lui garantissant un logement, des soins, une scolarité, une alimentation et des vêtements. Elle a souligné que l’intérêt supérieur de l’enfant constitue le principal critère à prendre en compte lorsqu’il s’agit d’attribuer ou de retirer la garde.

Que prévoit le droit tunisien en matière de garde ?
Intervenant dans la rubrique « Iref Haqek » sur la Radio Tunisienne, Samia Ben Moussa a indiqué que la garde est un droit des deux parents pendant le mariage. En cas de séparation, de divorce ou de décès, elle peut être attribuée à l’un des deux parents conformément aux critères prévus par la loi.
Elle a ajouté que la mère est généralement considérée comme prioritaire pour la garde, compte tenu de l’intérêt supérieur de l’enfant et de son lien affectif avec elle. Toutefois, cette priorité ne constitue pas une règle juridique absolue, la décision devant rester liée à l’intérêt de l’enfant et aux conditions légales.
Les conditions pour obtenir la garde
L’avocate a précisé que l’attribution de la garde est soumise à plusieurs conditions, notamment que le parent gardien soit intègre, juridiquement capable et en mesure de prendre soin de l’enfant, ainsi que de lui assurer un logement, les dépenses nécessaires et les soins appropriés.
Elle a également souligné que le parent gardien doit être en bonne santé et ne pas être atteint de maladies contagieuses, afin de garantir la sécurité et le bien-être de l’enfant.
Dans quels cas la garde peut-elle être retirée ?
Samia Ben Moussa a expliqué que le retrait de la garde peut intervenir dans plusieurs situations, notamment lorsque la mère gardienne renonce volontairement à la garde au profit du père ou d’une autre personne. Elle a toutefois précisé que la loi peut lui imposer de continuer à assumer la garde lorsqu’aucun autre gardien n’est disponible.
La garde prend également fin lorsque l’enfant atteint l’âge légal de la majorité, fixé à 18 ans, puisque le fondement juridique de la garde cesse à cet âge.
Le mariage de la mère entraîne-t-il automatiquement la perte de la garde ?
L’avocate a insisté sur le fait que le mariage de la mère n’entraîne pas automatiquement la perte de la garde. Le critère principal reste l’intérêt supérieur de l’enfant. Le mariage, à lui seul, ne constitue donc pas nécessairement un motif suffisant pour retirer la garde, en l’absence d’autres éléments affectant l’intérêt de l’enfant.
Elle a également indiqué que le fait pour la mère gardienne de déménager à l’étranger ou de changer de lieu de résidence de manière à rendre difficile l’exercice par le père de ses droits de visite, d’accompagnement, de soins ou de prise en charge peut être pris en considération dans l’examen de la garde.
Mauvais traitements et mauvaise conduite parmi les motifs
Parmi les autres situations évoquées par l’avocate figurent les mauvais traitements infligés à l’enfant et son exposition au danger, ainsi qu’un mauvais comportement, une mauvaise réputation ou l’existence de condamnations pénales à l’encontre du parent gardien, dans la mesure où ces éléments peuvent remettre en cause les conditions requises pour exercer la garde.
Comment demander judiciairement le retrait de la garde ?
Samia Ben Moussa a expliqué que le retrait de la garde ne se fait pas automatiquement. Il nécessite des procédures judiciaires devant le tribunal de première instance. La partie qui demande le retrait doit présenter une affaire accompagnée de preuves, de pièces justificatives et de témoignages permettant d’étayer les motifs invoqués.
Selon le cas, le dossier peut notamment comporter des éléments attestant de mauvais traitements, de condamnations pénales ou d’un changement de résidence de la mère. L’avocate a souligné que le juge examine l’ensemble du dossier et dispose d’un pouvoir d’appréciation pour prendre la décision appropriée.
Si les motifs sont établis, le tribunal peut prononcer le retrait de la garde à la mère ou au père et l’attribuer à la personne qui remplit les conditions requises.
L’enfant peut-il donner son avis ?
Concernant l’avis de l’enfant, l’avocate a expliqué que, dans le cadre d’une procédure judiciaire, l’une des parties ou son avocat peut demander l’audition de l’enfant mineur à titre consultatif.
Elle a précisé que cette audition intervient dans un cadre adapté à la situation de l’enfant, en présence notamment d’un psychologue et d’un délégué à la protection de l’enfance. Le juge peut prendre en considération les déclarations de l’enfant dans l’examen du dossier, mais celles-ci ne constituent pas le seul élément déterminant de sa décision.
L’intérêt supérieur de l’enfant reste le critère essentiel
Samia Ben Moussa a enfin souligné que l’objectif principal des règles relatives à la garde est de garantir à l’enfant un environnement sain et sécurisé, lui permettant de bénéficier d’un équilibre psychologique, affectif et spirituel. Elle a rappelé que l’intérêt supérieur de l’enfant demeure le critère essentiel dans les décisions relatives à la garde.
