Publié le 16-09-2026
Jusqu’à -47 % : pourquoi le diamant naturel perd autant de valeur ?
Longtemps associé à l’amour, au mariage et à la richesse, le diamant naturel est aujourd’hui confronté à une transformation profonde de son marché. Les prix reculent, les stocks s’accumulent et la concurrence du diamant produit en laboratoire s’intensifie, mettant notamment De Beers sous pression.

Selon les données citées par le Wall Street Journal, le prix moyen d’un diamant naturel d’un carat s’établit autour de 3 415 dollars, soit environ 47 % de moins qu’il y a dix ans. L’indice Diamond Standard fait également état d’une baisse persistante des prix du diamant au cours des dernières années.
Le diamant de laboratoire bouleverse le marché
L’une des principales raisons de cette évolution est la progression rapide du diamant fabriqué en laboratoire. Produit en reproduisant les conditions de pression et de température nécessaires à la formation naturelle du diamant, il présente une composition chimique et une structure cristalline quasiment identiques à celles d’un diamant naturel.
La différence se situe principalement au niveau du prix. Dans certains cas, le diamant de laboratoire peut être vendu jusqu’à 90 % moins cher que son équivalent naturel. Un écart qui pousse de plus en plus de consommateurs à reconsidérer l’intérêt d’acheter une pierre naturelle beaucoup plus coûteuse.
Le diamant naturel sous pression
Le changement des habitudes de consommation ne repose toutefois pas uniquement sur le prix. Les promoteurs du diamant de laboratoire mettent également en avant une alternative aux problématiques liées à l’exploitation minière, notamment la consommation de ressources, les conséquences environnementales de certaines activités extractives et les conditions de travail dans certaines régions minières.
Les diamants naturels sont extraits de différents types de mines, notamment à ciel ouvert, souterraines, alluviales ou encore sous-marines. Parmi les principaux pays producteurs figurent notamment le Botswana, le Canada, la Russie, l’Angola et la République démocratique du Congo.
Dans un contexte de demande moins dynamique et de concurrence accrue du diamant de laboratoire, la production mondiale issue des mines aurait diminué d’environ 25 % au cours des cinq dernières années, selon les données citées dans la source.
De Beers contrainte de revoir sa stratégie
Cette évolution touche particulièrement De Beers, l’un des acteurs historiques du marché. Fondée en 1888, l’entreprise britannique a joué un rôle majeur dans la construction de l’image du diamant comme symbole de l’amour et du mariage.
Historiquement, De Beers cherchait à maintenir des prix supérieurs à ceux du marché, parfois de 20 à 30 %, quitte à réduire ses volumes de vente. L’objectif était notamment d’éviter qu’une baisse des prix ne soit interprétée comme un signe de faiblesse du marché.
Cette stratégie a toutefois évolué. L’entreprise a procédé à plusieurs réductions de prix et a encore abaissé ses tarifs en juillet 2026, notamment sur les petites pierres de moins d’un carat et celles comprises entre un et deux carats, des segments particulièrement touchés par le recul de la demande.
De Beers a également réduit le nombre de ses grands clients, connus sous le nom de « Sightholders », passant d’environ 70 à près de 50 ou moins, afin de concentrer ses ventes sur les principaux acheteurs.
Des stocks élevés et une pression sur les finances
La crise que traverse le secteur du diamant naturel dure depuis près de trois ans et a entraîné une accumulation des stocks chez les producteurs. La baisse des prix permet ainsi à De Beers de tenter d’écouler ses stocks et d’améliorer sa liquidité, même au prix d’une pression supplémentaire sur ses marges.
L’entreprise doit également composer avec la concurrence d’autres producteurs, notamment l’Angola, dont la production élevée au cours de l’année précédente a contribué à renforcer l’offre de diamants naturels sur le marché.
De Beers à un tournant stratégique
La situation est devenue encore plus complexe après la décision de la maison mère Anglo American de se désengager du secteur du diamant. Le groupe britannique détient environ 85 % du capital de De Beers et cherche désormais à céder sa participation.
Dans l’attente de l’évolution de cette opération, De Beers a engagé plusieurs mesures de réduction des coûts. Parmi elles figure la suspension pendant deux ans de la production de la mine de Venetia, en Afrique du Sud.
Le diamant naturel face à un nouveau modèle
Le marché du diamant naturel ne fait donc plus seulement face à une baisse de la demande. Il doit désormais composer avec un concurrent proposant une pierre beaucoup moins chère et présentant des caractéristiques physiques très proches.
Le diamant naturel conserve son image liée à la rareté, à l’histoire et à la symbolique. Mais l’essor du diamant de laboratoire pourrait progressivement modifier les critères de choix des consommateurs et poser une question centrale au secteur : la valeur du diamant restera-t-elle principalement liée à sa rareté naturelle, ou le prix deviendra-t-il déterminant dans les décisions d’achat ?
