Publié le 10-08-2026
Fermeture de Zara, Stradivarius et Bershka en Algérie : Quel impact sur la Tunisie ?
La fermeture des magasins Zara, Stradivarius, Bershka, Pull&Bear, Massimo Dutti, Oysho et Zara Home en Algérie dépasse désormais le simple cadre commercial.

Elle soulève une question qui intéresse également les marchés voisins, notamment la Tunisie : quel avenir pour les grandes franchises internationales dans les pays où l’importation et la réglementation peuvent fortement conditionner leur activité ?
Depuis décembre 2024, une vingtaine de boutiques du groupe espagnol Inditex sont fermées en Algérie. Plus de 300 emplois ont été affectés, tandis que l’incertitude persiste autour d’une éventuelle réouverture.
Pour les consommateurs tunisiens, très familiers des grandes enseignes internationales de mode et de leurs collections accessibles depuis les pays voisins, cet épisode constitue un signal à surveiller.
L’absence de reconnaissance juridique complète de certains mécanismes fondamentaux de la franchise, notamment l’exclusivité territoriale, a conduit plusieurs opérateurs à privilégier des contrats de distribution exclusive avec les marques étrangères.
Le système a ainsi fonctionné pendant plusieurs décennies grâce à des montages contractuels et administratifs, mais sans véritable cadre juridique unifié.
Inditex : d’une fermeture temporaire à une situation qui s’éternise
Début novembre 2024, le groupe libanais Azadea, notamment opérateur de Mango en Algérie, avait déjà fermé plusieurs magasins au centre commercial de Bab Ezzouar, plaçant plus de 300 salariés en chômage technique.
Quelques semaines plus tard, le 5 décembre 2024, Inditex confirmait la fermeture temporaire de l'ensemble de ses 20 magasins en Algérie, exploités par son franchisé émirati Daher.
Le groupe espagnol évoquait alors des « difficultés opérationnelles » liées à l’importation des marchandises.
Selon des informations relayées à l’époque par la presse algérienne, les difficultés concernaient notamment les autorisations et mécanismes de financement nécessaires à l’importation des produits. Les volumes autorisés auraient également été insuffisants pour assurer l’approvisionnement normal du réseau.
Inditex avait toutefois assuré, en décembre 2024, ne pas envisager de quitter définitivement le marché algérien. Mais plusieurs mois plus tard, les magasins restent fermés, transformant progressivement une fermeture présentée comme temporaire en retrait de fait du marché algérien.
Pourquoi cette affaire concerne aussi la Tunisie ?
L'intérêt du dossier pour la Tunisie tient à une réalité simple : les marchés maghrébins sont fortement interconnectés dans les habitudes de consommation, notamment dans la mode, le tourisme et la distribution.
Les marques internationales comme Zara, Bershka ou Stradivarius disposent d'une forte notoriété auprès des consommateurs tunisiens. Les déplacements entre pays, le tourisme, les achats transfrontaliers et désormais le commerce en ligne permettent aux tendances commerciales de circuler rapidement entre l’Algérie, la Tunisie et le Maroc.
Le cas algérien constitue donc un exemple à observer pour les opérateurs tunisiens qui travaillent avec des marques internationales.
La question centrale est celle de la sécurisation des approvisionnements : lorsqu'une enseigne dépend fortement de produits importés et d'autorisations administratives, une modification du cadre réglementaire peut rapidement affecter ses magasins, ses stocks, ses salariés et ses investissements.
L'affaire Zara-Bershka-Stradivarius révèle finalement un enjeu beaucoup plus large que la fermeture de quelques dizaines de magasins.
Elle pose la question de la viabilité à long terme des franchises internationales au Maghreb lorsque leur modèle dépend fortement des règles d'importation, des autorisations administratives et de la stabilité du cadre réglementaire.
Après trois décennies de développement, la franchise en Algérie reste confrontée à une situation particulière : un marché important et attractif, mais un cadre juridique et administratif qui peut évoluer rapidement.
Pour les marques internationales, la leçon est claire : entrer sur un marché ne suffit plus. Il faut également sécuriser durablement son modèle d’approvisionnement, son contrat de franchise et son environnement.
