Publié le 08-05-2009

Ibn Khaldoun revisité

Le renouveau : publié le 11/05/09
 
La nouvelle pièce de la troupe théâtrale de la Ville de Tunis «Ibn Khaldoun...fragments futurs» continue son périple depuis sa création, à l’ouverture de la saison  culturelle de l’année en cours. Après six représentations—seulement doit-on dire—au Théâtre Municipal, la pièce continue de tourner à travers le pays. Après Djerba, Hammam-Lif, la pièce s’est envolée au Maroc pour participer à la première Biennale des Théâtres du monde organisée par le Théâtre Mohamed V. Deux représentations ont été données, la première à Fès, la seconde à Rabat où la pièce a créé l’événement, comme l’un des spectacles les plus aboutis, les plus marquants en tous les cas; grâce à une mise en scène originale choisissant un rapport au texte, dialectique, non illustratif, non redondant. Une mention spéciale pour la représentation de la pièce à Echabba dans le Sahel. On peut ici parler d’une vraie agréable surprise. Un petit  miracle! La représentation s’est jouée devant une salle comble. Un public de choix comme on dit; comme on aimerait en rencontrer ailleurs. Des jeunes totalement pris par le spectacle, des moins jeunes tout aussi attentionnés; bref de bout en bout, une ambiance intelligemment enfiévrée...



Ibn Khaldoun revisité

Le renouveau : publié le 11/05/09
 
La nouvelle pièce de la troupe théâtrale de la Ville de Tunis «Ibn Khaldoun...fragments futurs» continue son périple depuis sa création, à l’ouverture de la saison  culturelle de l’année en cours. Après six représentations—seulement doit-on dire—au Théâtre Municipal, la pièce continue de tourner à travers le pays. Après Djerba, Hammam-Lif, la pièce s’est envolée au Maroc pour participer à la première Biennale des Théâtres du monde organisée par le Théâtre Mohamed V. Deux représentations ont été données, la première à Fès, la seconde à Rabat où la pièce a créé l’événement, comme l’un des spectacles les plus aboutis, les plus marquants en tous les cas; grâce à une mise en scène originale choisissant un rapport au texte, dialectique, non illustratif, non redondant. Une mention spéciale pour la représentation de la pièce à Echabba dans le Sahel. On peut ici parler d’une vraie agréable surprise. Un petit  miracle! La représentation s’est jouée devant une salle comble. Un public de choix comme on dit; comme on aimerait en rencontrer ailleurs. Des jeunes totalement pris par le spectacle, des moins jeunes tout aussi attentionnés; bref de bout en bout, une ambiance intelligemment enfiévrée...

Le texte de E. Madani mérite tous les égards esthétiques. Madani est peut-être le plus grand dramaturge arabe vivant, la poétique de son œuvre, favorise chez le metteur en scène des actes de liberté consciente. Sa pièce, comme ses autres textes, reste ouverte à une infinité de lectures possibles. C’est une œuvre en mouvement, une œuvre ouverte, dans le sens mallarméen: «Nommer un objet c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème, qui est faite du bonheur de deviner peu à peu: le suggérer... Voilà le rêve...»; elle est une provocation permanente à l’invention des formes et la négation du statique, du sans équivoque. Elle est dynamique. La mise en scène de Mohamed Kouka n’impose pas une lecture spécifique, elle tend vers l’indétermination de l’effet, par le jeu des pleins et des vides, de la lumière et de l’ombre, sans omettre l’apport déterminant de la musique de Mahler qui rythme et ponctue le spectacle incitant le spectateur à voir l’œuvre sous des aspects surprenants mais dramatiques, et suscitant chez lui «de nouvelles perceptions esthétiques». En effet, le spectateur est libre d’adopter le sens qu’il construit lui-même sans la contrainte d’une lecture imposée. Chacun des comédiens principaux a donné la mesure de son talent selon la qualité de son ethos. L’interprétation dionysiaque de Hichem Rostom procède d’une mise en abîme de la pièce qui fait d’Ibn Khaldoun un matamore des idées et de l’histoire en train de se faire. Quant à Mohamed Kouka, c’est en apollinien qu’il a joué, avec économie, la rigueur de l’homme de pouvoir, intruiguant et charmeur, à travers le filtre du théâtre. Moncef Souissi a joué de manière tout à fait prosaïque le rôle du recteur Mohamed, le «Amid» intégriste, son discours démagogique se prête, peut-on dire, à un jeu réaliste, un rapport immédiat au texte proféré, jouant ce qu’il dit, sans distance.
Mais «Ibn Khaldoun..., fragments futurs», demeure ouverte à une série infinie de lectures possibles: chacune de ces lectures fait revivre l’œuvre selon une perspective, un goût différent. C’est la marque de tout grand texte à visée universelle.