Publié le 06-03-2018
Festival international de Hammamet - Zajal

Le festival international de Hammamet vous propose pour la soirée de mercredi 21 Juillet 2010 « ZAJAL » Opéra de Chambre arabe Livret Le trésor caché – joute poétique entre Chahrour et son père, musique, scénographie et mise en scène Zad Moultaka, direction d'orchestre : Philippe Nahon avec Fadia Tomb el-Hage / Gabriel Yammine / Ars Nova ensemble instrumental.
Le zajal ou zadjal ou encore zejel pour les tunisiens, est une forme de poésie dialectale et populaire dont les origines remonteraient à la tradition sociale et culturelle des bédouins de la péninsule arabe anté-islamique. Il nous est parvenu par le biais des poètes de Al Andalus, l'Espagne musulmane, dont Ibn Guzman (mort en 1160 à Cordoue), surnommé le Prince du Zajal, est le plus illustre représentant. Certaines sources estiment que le zajal serait à l'origine de l'art des troubadours. Forme de joute oratoire, poétique et musicale, qui s'est répandue dans toute la méditerranée, cette tradition est encore très vivace en Egypte et au Liban. Elle oppose deux poètes qui improvisent dans un cadre très codifié. Le zejel tunisien, quant à lui, comme le mentionne Syrine Ben Moussa dans une étude sur le Zejel, (autre artiste présente à Hammamet cette année), est une forme poétique qui précède la Nouba et une forme musicale qui lui est indépendante.
Quand il découvre l'ouvrage "Le diwan du Chahrour", publiée en 2000 par Nabil el Feghali, Zad Moultaka se souvient des soirées de zajal auxquelles il a assisté enfant dans la montagne libanaise. Le fils de Assaad el Khoury el Feghali dit "Chahrour" y retranscript une joute de Zajal qui a réuni le Chahrour et son père et qui constitue le livret de cet opéra.
L’histoire se passe au début du XXe siècle dans le petit village de Wadi Chahrour, dans la région de Baabda. Le prêtre Louis el-Feghali, de son vrai nom Khalil Semaan, grand zajaliste reçoit un jour la visite d’un étrange personnage. Un jeune homme, le visage masqué, qui vient le défier. Le prêtre Louis, stupéfait par l’audace de l’étranger, accepte. Le village se rassemble, les poètes montent sur une estrade. Dans un premier temps, le prêtre met le jeune homme à l’épreuve, lui donnant des contraintes rhétoriques de plus en plus ardues mais le jeune homme s’en tire brillamment. Après un moment de repos la joute reprend, s’accentue, la tension monte, la foule est presque en transe. Le jeune homme se découvre alors. il s’agit du fils du prêtre, dont on était sans nouvelle depuis son départ pour la ville. Assaad el-Khoury el-Féghali, obtient son "diplôme" de poète.
C'est un Zajal moderne que nous propose Zad Moultaka qui interroge la mémoire collective et pose la question de la relation entre tradition et modernité, réflexion sur les racines populaires, en même temps que sur la possibilité d'une forme d'opéra arabe. Accessible, drôle, nostalgique, poétique, il s'agit aussi d'un hommage vibrant et moderne à la tradition du zajal particulièrement manifeste au cours de l'acte II où de nombreuses archives nous font découvrir ou retrouver les visages et les voix de Zaghloul el Damour , Khalil Rouzouk, Zein Sh'eyb et d'autres et témoignent de l'admiration que porte le compositeur à ces merveilleux poètes.
Créé en avril 2010 à Poitiers, Hammamet est le deuxième festival du monde arabe à accueillir ce spectacle, après Beyrouth en Juin.
