Publié le 30-10-2026
Tunisie : les maladies psychiques écartées de la liste des maladies professionnelles
Des experts et des spécialistes en médecine du travail ont écarté la possibilité d'intégrer les maladies psychiques à la liste nationale des maladies professionnelles, dont la révision est prévue au cours des trois prochaines années, et ce malgré la hausse des indicateurs de stress psychologique et d'épuisement professionnel chez les travailleurs.

Cette position a été exprimée en marge du lancement, jeudi à Tunis, des ateliers préparatoires d'un événement scientifique consacré à la santé et à la sécurité au travail ainsi qu'à la médecine du travail. Cette manifestation se poursuit jusqu'au samedi 31 octobre 2026, en collaboration entre l'Association tunisienne de médecine du travail et l'Organisation internationale du travail.
Les spécialistes ont estimé que l'évaluation de l'impact direct de l'environnement et du climat de travail sur la santé mentale des travailleurs demeure particulièrement complexe sur les plans médical et législatif, malgré la multiplication des indicateurs diagnostiques liés au stress intense et à l'épuisement professionnel.
La difficulté de reconnaître les maladies psychiques comme maladies professionnelles
À ce sujet, le président de l'Association tunisienne de médecine du travail, Zied El Azhari, a indiqué que la prise en charge médicale des maladies psychiques présente des spécificités particulières. Il a souligné que la difficulté d'établir un lien direct de causalité entre le climat professionnel et les troubles psychiques empêche actuellement leur classification parmi les maladies professionnelles.
Zied El Azhari a ainsi écarté leur intégration dans les prochaines modifications de la liste officielle des maladies professionnelles, malgré les appels en faveur de leur reconnaissance dans cette catégorie.
De son côté, l'inspectrice générale du travail à la Direction générale de l'inspection de la médecine du travail et de la sécurité professionnelle, Mounia Trabelsi, a fait état d'une augmentation notable du stress psychologique et de la tension au sein des espaces professionnels. Toutefois, cette hausse ne s'est pas traduite de manière significative par une augmentation du nombre de maladies psychiques directement liées au climat de travail.
Elle a ajouté que si ces troubles psychiques venaient à se généraliser, leur prise en compte à l'avenir serait conditionnée par la réalisation d'études scientifiques et de recherches approfondies permettant d'analyser ces maladies et de démontrer leur lien direct avec l'environnement professionnel, indépendamment des autres facteurs extérieurs.
86 maladies inscrites sur la liste nationale des maladies professionnelles
La responsable a précisé que la liste nationale actuelle des maladies professionnelles comprend 86 maladies classifiées, notamment les maladies articulaires et musculaires, les maladies infectieuses ainsi que les troubles auditifs provoqués par le bruit dans l'environnement professionnel et leurs conséquences sur la santé.
Elle a souligné que les troubles musculo-squelettiques touchant les articulations, les muscles et les veines des mains figurent parmi les maladies professionnelles les plus répandues en Tunisie, représentant environ 90 % de l'ensemble des maladies professionnelles enregistrées.
Ces troubles sont principalement liés aux mouvements répétitifs effectués dans les unités industrielles et concernent particulièrement les travailleurs des secteurs du textile et des industries électroniques.
Mounia Trabelsi a insisté sur les efforts déployés par les structures de médecine du travail et l'inspection du travail pour réduire ces pathologies et leurs conséquences. Elle a précisé que la diminution du taux de ces affections dépend de l'adoption de mesures de protection efficaces, notamment la mécanisation des tâches et le remplacement de certaines opérations manuelles par des machines, ainsi que l'octroi aux travailleurs de pauses régulières et adaptées.
Les maladies professionnelles en hausse malgré le recul des accidents du travail
De son côté, le directeur central de la gestion des risques professionnels à la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM), Nourredine Khalfawi, a indiqué que, malgré la réduction des accidents du travail par la caisse, les maladies professionnelles continuent d'augmenter.
Il a expliqué que les efforts portent notamment sur le renforcement du contrôle des entreprises économiques en matière de santé et de sécurité au travail, à travers des mécanismes financiers et fiscaux incitatifs et facilitant leur mise en conformité.
Il a également rappelé que la CNAM assume un rôle légal de prévention et de protection, en plus de ses missions de contrôle visant à renforcer la santé et la sécurité dans le milieu professionnel, en coordination avec les structures et les institutions concernées.
Il a estimé que cette manifestation scientifique constitue une occasion d'échanger des expériences et des connaissances, de présenter des propositions dans le domaine des risques professionnels et de promouvoir la santé et la sécurité au travail.
L'intelligence artificielle et l'épuisement professionnel parmi les thèmes du congrès
Dans le même contexte, la présidente du comité d'organisation du Congrès international de la santé et de la sécurité au travail et du 12e congrès de l'Association tunisienne de médecine du travail, Majda Béli, a présenté les principaux axes de cette manifestation scientifique.
Les travaux porteront notamment sur les stratégies de santé et de sécurité au travail en Afrique, en tenant compte des spécificités de chaque pays, ainsi que sur la santé mentale, en particulier l'épuisement professionnel, le stress et la pression psychologique.
Les débats aborderont également l'intelligence artificielle et les défis liés à son développement, notamment les transformations de la cartographie et de l'organisation des métiers, ainsi que l'émergence de nouveaux modes et de nouvelles relations de travail.
Majda Béli, professeure agrégée en médecine du travail et secrétaire générale adjointe de l'Association tunisienne de médecine du travail, a précisé que les ateliers préparatoires de cette rencontre scientifique, dont l'ouverture officielle est prévue ce vendredi soir, ont porté sur l'intelligence artificielle, le concept « One Health », les troubles musculo-squelettiques et les maladies psychiques dans les milieux professionnels.
