Publié le 22-10-2026
Des crevettes américaines en Tunisie : Hamdi Hachad explique les risques pour la biodiversité marine
La présence d’une espèce de crevette exotique sur les côtes tunisiennes et sa commercialisation à des prix relativement bas sur certains marchés soulèvent des questions quant à ses effets sur les ressources marines locales. Dans un contexte de hausse du coût de la vie, cette baisse des prix représente toutefois une opportunité pour les familles tunisiennes.

Dans une publication, Hamdi Hachad, spécialiste des questions climatiques, souligne que le sujet ne se limite pas à la disponibilité d’un produit de la mer à un prix abordable. Il est également nécessaire de comprendre les raisons de la propagation de cette espèce et ses éventuelles conséquences sur l’équilibre écologique de la Méditerranée.
Une crevette originaire des côtes américaines présente en Méditerranée depuis plusieurs années
Selon les informations présentées par Hamdi Hachad, il s’agirait probablement de l’espèce de crevette Penaeus aztecus, originaire de l’ouest de l’océan Atlantique, notamment des côtes américaines et du golfe du Mexique.
La présence de cette espèce en Méditerranée est documentée depuis 2010. Des études tunisiennes ont ensuite relevé sa propagation dans le golfe de Gabès, puis sa présence dans des régions du nord du pays. Ces observations indiquent que son apparition dans les eaux tunisiennes ne date pas d’hier, même si sa présence plus importante sur les marchés a récemment attiré l’attention des consommateurs.
Comment cette crevette exotique est-elle arrivée sur les côtes tunisiennes ?
Parmi les hypothèses scientifiques avancées pour expliquer l’arrivée de cette espèce en Méditerranée figure son transport au stade larvaire par les eaux de ballast des navires commerciaux.
Ces eaux sont stockées dans des réservoirs spécifiques afin de garantir l’équilibre et la stabilité des navires. Elles peuvent ensuite être rejetées dans des ports situés à des milliers de kilomètres du point de départ, permettant potentiellement à de petits organismes marins de voyager sur de longues distances et de coloniser de nouveaux milieux favorables à leur développement et à leur reproduction.
Hamdi Hachad précise toutefois que ce mode d’introduction reste une hypothèse plausible et qu’il ne constitue pas une explication certaine pour tous les cas de propagation des espèces exotiques.
Cette crevette menace-t-elle les espèces locales ?
Sur le plan écologique, la propagation de cette espèce soulève des interrogations quant à ses effets sur les crevettes locales, notamment en raison d'une possible concurrence pour la nourriture et l'espace disponible dans leur habitat.
Hamdi Hachad indique que des études menées dans le golfe de Gabès ont signalé une possible concurrence entre l'espèce exotique et les crevettes locales, en particulier Penaeus kerathurus. Toutefois, l'ampleur réelle de cet impact sur les espèces locales nécessite encore des recherches et un suivi scientifique approfondi.
Par ailleurs, la capture de grandes quantités d'une espèce donnée dans les filets des pêcheurs ne signifie pas nécessairement que l'état écologique du milieu marin s'est amélioré. L'évaluation de l'équilibre écologique exige d'étudier l'évolution des différentes espèces et leurs interactions au sein de l'écosystème marin.
Une crevette moins chère, une opportunité pour les familles tunisiennes
En parallèle, la disponibilité de crevettes à des prix inférieurs à ceux de certaines autres sources de protéines animales représente une opportunité pour les familles tunisiennes confrontées à la hausse du coût de la vie, notamment celle des viandes rouges et de la volaille.
Hamdi Hachad estime que ce produit pourrait permettre aux familles de diversifier leur alimentation à moindre coût. Il pourrait également constituer une source de revenus supplémentaire pour les pêcheurs qui capturent cette espèce.
Néanmoins, la baisse des prix ne peut pas être attribuée automatiquement à la propagation de cette crevette exotique. Plusieurs facteurs interviennent dans la formation des prix, notamment la saison, la taille des crevettes, les quantités pêchées et les mouvements du marché.
La propagation de cette espèce explique-t-elle la baisse des prix ?
Le spécialiste des questions climatiques insiste sur la nécessité de distinguer la propagation d'une espèce exotique des raisons expliquant la baisse actuelle des prix des crevettes sur les marchés. Il souligne qu'il n'est pas possible d'affirmer que toutes les crevettes vendues à bas prix appartiennent à la même espèce, ni que la présence de cette espèce exotique constitue l'unique cause de cette baisse.
Les études mentionnées documentent l'origine de cette espèce et sa propagation en Méditerranée. Des travaux consacrés au golfe de Gabès examinent également son potentiel économique et la possibilité d'une concurrence avec les espèces locales. Toutefois, ces sources ne démontrent pas de lien direct et définitif entre sa propagation et la baisse des prix actuellement observée.
Entre l'avantage économique ponctuel que ces crevettes peuvent représenter pour les consommateurs et les pêcheurs, et les préoccupations liées à l'équilibre écologique, l'évaluation de l'impact réel de cette espèce exotique sur les ressources marines tunisiennes nécessite la poursuite des recherches scientifiques et un suivi de l'évolution des populations locales et introduites.
