Publié le 19-09-2026

Tunisie : la fertilité en baisse, les spécialistes expliquent les principales causes

Des spécialistes en médecine de la reproduction ont indiqué, ce samedi, que la baisse de la fertilité en Tunisie est devenue un phénomène multifactoriel, dans un contexte marqué par le recul de l’indice de fécondité et du nombre de naissances, parallèlement à l’augmentation des difficultés de conception chez certains couples.



Tunisie : la fertilité en baisse, les spécialistes expliquent les principales causes

Le nombre de naissances en baisse

Lors de la cinquième édition des Journées de médecine de la reproduction, organisées par l’Association tunisienne de gynécologie-obstétrique à Tunis, les spécialistes ont souligné que cette baisse ne s’explique pas par un seul facteur, mais par l’interaction de facteurs sociaux, économiques, sanitaires et environnementaux.

Selon les données de l’Institut national de la statistique, l’indice synthétique de fécondité est passé de 2,4 enfants par femme en 2016 à 1,5 en 2024. Le nombre de naissances a également diminué, passant de 219 441 à 126 401 au cours de la même période, tandis que le taux de natalité est passé de 19,4 pour mille à 10,6 pour mille.

Le retard du mariage et de la maternité parmi les facteurs

Le spécialiste de la procréation médicalement assistée, Mohamed Khrouf, a expliqué que le retard de l’âge du mariage et de la maternité constitue l’un des principaux facteurs, dans un contexte marqué par les difficultés économiques, le coût élevé du mariage et le souhait de certains jeunes d’émigrer.

Il a également évoqué la progression du choix de ne pas se marier, de ne pas avoir d’enfants ou de se limiter à un seul enfant.

Le médecin a souligné que l’âge constitue un facteur déterminant de la fertilité, notamment chez la femme. Les chances de conception diminuent progressivement avec l’âge et cette baisse devient plus marquée après 35 ans.

Cette évolution se répercute également sur les résultats des techniques de procréation médicalement assistée. Selon Mohamed Khrouf, les taux de réussite varient en fonction de l’âge, de l’état de santé et de la technique utilisée. Ils peuvent atteindre, dans certains cas, 45 à 50 % à l’âge de 30 ans, contre environ 35 % à 35 ans et 20 % à 40 ans, avec une baisse plus importante au-delà.

Les difficultés de conception concernent aussi les hommes

Mohamed Khrouf a précisé que les difficultés de conception ne concernent pas uniquement les femmes et peuvent également être liées à des facteurs masculins, notamment le tabagisme, la consommation d’alcool et de drogues, l’obésité et le manque d’activité physique, ainsi qu’à certains facteurs environnementaux et alimentaires.

Il a également souligné l’impact des modes de vie modernes sur la fertilité, appelant à adopter une alimentation équilibrée, à pratiquer une activité physique régulière, à maintenir un poids sain, à arrêter de fumer, à améliorer la qualité du sommeil et à réduire le stress. Il a aussi recommandé une plus grande vigilance vis-à-vis de certaines substances chimiques présentes dans plusieurs produits de consommation et cosmétiques.

Renforcer la sensibilisation à la santé reproductive

De son côté, le professeur agrégé en gynécologie-obstétrique, Béchir Zaouaoui, a appelé à renforcer la culture de la santé reproductive et sexuelle, estimant que le manque de sensibilisation chez certains couples peut retarder la consultation médicale.

Il a également appelé à intégrer progressivement la sensibilisation à la santé reproductive dans les programmes éducatifs et à renforcer le rôle des consultations prénuptiales dans ce domaine.

Concernant les traitements, Béchir Zaouaoui a affirmé que la Tunisie dispose de compétences et de techniques modernes en médecine de la reproduction. Il a notamment évoqué la contribution de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) à la prise en charge de certains médicaments ainsi que la couverture de trois tentatives de fécondation in vitro, conformément aux conditions de prise en charge en vigueur, malgré le coût élevé des traitements de procréation médicalement assistée.

L’intelligence artificielle au service de la médecine reproductive

Pour sa part, le président de l’Association tunisienne de gynécologie-obstétrique, Mechâal Mouradi, a indiqué que l’intelligence artificielle constitue l’un des principaux axes de la cinquième édition des Journées de médecine de la reproduction.

Il a expliqué que l’intelligence artificielle est de plus en plus utilisée à différentes étapes de la médecine obstétrique et reproductive, notamment pour l’analyse des données et l’aide à la décision médicale.

Elle peut également être utilisée dans certaines techniques de procréation médicalement assistée pour l’évaluation et la sélection des spermatozoïdes ou des embryons, tout en précisant que la décision finale revient au médecin spécialiste.

Vers une révision de la législation sur la préservation de la fertilité

Mechâal Mouradi a également révélé que l’Association tunisienne de gynécologie-obstétrique a soumis une proposition visant à réviser la législation relative à la médecine reproductive, afin de permettre aux femmes souhaitant préserver leurs chances de concevoir à l’avenir de congeler leurs ovocytes.

Cette possibilité est actuellement limitée à certaines situations médicales, notamment pour les femmes devant suivre des traitements susceptibles d’affecter leur fertilité.

Les spécialistes estiment que la lutte contre la baisse de la fertilité ne doit pas se limiter aux traitements. Elle nécessite également de renforcer la prévention et la sensibilisation, d’informer sur les facteurs affectant la fertilité et d’encourager la consultation médicale précoce, tout en poursuivant le développement des techniques de procréation médicalement assistée et l’utilisation des progrès de l’intelligence artificielle dans ce domaine.



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