Publié le 05-05-2026

CSR Power Forum : Nizar Yaïche plaide pour une révolution énergétique à 100 gigawatts

Et si la Tunisie devenait un hub mondial de l’énergie solaire ? Lors de son intervention au CSR Power Forum, Nizar Yaïche a livré une lecture ambitieuse et structurée d’un projet souvent réduit à sa seule dimension technique. Selon lui, « le problème d’une société technologique, c’est qu’on traite ce genre de projet comme un projet technique », oubliant des dimensions essentielles comme le social, le politique ou encore le géostratégique.



CSR Power Forum : Nizar Yaïche plaide pour une révolution énergétique à 100 gigawatts

Son message est clair : il ne s’agit pas d’un projet énergétique classique, mais d’un projet de transformation nationale globale.

La Tunisie dispose d’un atout majeur : son désert, classé parmi les zones à meilleure irradiation solaire au monde. « Nous avons un excellent désert, souvent classé top 3 ou top 5 mondial », insiste-t-il.

Avec un ensoleillement exceptionnel, des conditions climatiques favorables et un foncier abondant, le pays possède une base idéale pour exploiter massivement l’énergie photovoltaïque.

Une révolution technologique déjà en marche

Sur le plan technique, les évolutions sont spectaculaires : prix des panneaux photovoltaïques divisé par 20 en 10 ans, performance des stations de conversion en hausse de 30 à 40 %, coût du stockage divisé par 10. « On est au début d’une équation de plus en plus intéressante en termes de coût et d’efficacité », explique Nizar Yaïche.

Le défi reste principalement lié aux câbles HVDC, nécessaires pour transporter l’électricité vers l’Europe, mais il estime que ce point reste maîtrisable.

Une équation économique ultra compétitive

Le projet affiche un coût particulièrement attractif : 30 à 50 euros le mégawattheure, livré en Europe.

Un chiffre rendu possible grâce à la proximité géographique (seulement 200 km entre le Cap Bon et la Sicile), une faible profondeur maritime et une infrastructure optimisable. « On pourrait être imbattables pour exporter les photons tunisiens vers l’Europe », affirme-t-il.

Autre point clé : la Tunisie consomme d’abord gratuitement une partie de l’énergie produite, puis exporte le surplus.

Un montage financier innovant et sans risque pour l’État

Contrairement aux idées reçues, le financement ne repose pas sur la STEG seule. Le projet s’appuie sur des SPV, des PPA et des mécanismes de project finance. « Le montage est presque à zéro risque pour la Tunisie », assure-t-il.

Résultat : peu ou pas de pression sur les finances publiques et une capacité à mobiliser des investissements internationaux massifs.

Un impact économique et social massif

Au-delà de l’énergie, les retombées seraient considérables : des dizaines de milliers d’emplois directs, près de 100 000 emplois indirects, un impact à deux chiffres sur le PIB et la transformation du déficit énergétique en excédent.

« Ce projet peut devenir un catalyseur d’écosystèmes économiques et sociaux », souligne-t-il. Il évoque également le développement de formations, la création de zones économiques dans le désert et l’essor de secteurs comme l’IA, le cloud ou la désalinisation.

Un projet écologique à faible impact

Contrairement à d’autres infrastructures, l’impact environnemental reste limité : implantation dans le désert, faible perturbation de la biodiversité et besoins réduits en infrastructures lourdes.

Le véritable défi : la volonté politique

Malgré tous les indicateurs au vert, un facteur reste décisif : la volonté politique. « Aucune dimension n’est insurmontable, sauf peut-être la décision politique », affirme Nizar Yaïche.

Il appelle à un cadre réglementaire adapté, un partenariat stratégique avec l’Europe et une accélération administrative.

Une vision alignée avec le sens de l’histoire

Face aux critiques sur l’ampleur du projet (jusqu’à 100 gigawatts), Nizar Yaïche répond avec conviction : « C’est le sens de l’histoire. C’est vers l’énergie renouvelable de masse que le monde se dirige ».

Il conclut sur une image forte : hier, des éléphants traversaient la Méditerranée pour la guerre, demain, ce seront des gigawatts d’énergie propre pour la prospérité.

Une opportunité historique pour la Tunisie

Ce projet ne se limite pas à produire de l’électricité. Il pourrait réduire la dette, relancer la croissance et repositionner la Tunisie comme acteur énergétique stratégique entre l’Afrique et l’Europe.

La question n’est donc plus technique ou financière. Elle est désormais stratégique : la Tunisie est-elle prête à saisir cette opportunité historique ?



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