2026-06-25 نشرت في
Femmes rurales, économistes et décideurs : quand la co-construction s’impose comme méthode de gouvernance au cœur de Savoir éco
Dans le cadre de la cérémonie de clôture du projet Savoirs éco, plusieurs bénéficiaires et partenaires ont partagé leurs expériences autour de la production des savoirs économiques, de leur vulgarisation et de leur transformation en outils utiles à la décision publique. Chercheurs, économistes, représentants d’institutions publiques et think tanks ont mis en lumière les avancées réalisées durant trois années de travail, tout en soulignant les défis qui restent à relever pour renforcer l’impact de la recherche sur les politiques publiques en Tunisie.

Rigueur scientifique et vulgarisation : un équilibre indispensable
Intervenant lors du panel, Sana Mami Kefi a insisté sur l’importance de concilier crédibilité scientifique et vulgarisation, deux objectifs qu’elle juge parfaitement compatibles.
« La crédibilité scientifique et la vulgarisation ne sont pas deux objectifs contradictoires », a-t-elle affirmé, rappelant que la qualité de la recherche repose sur « la rigueur de la méthode, la qualité des données et la transparence des résultats ».
Selon elle, de nombreux travaux scientifiques de qualité restent encore confinés au monde académique alors qu’ils pourraient contribuer davantage au débat public et à l’amélioration des politiques publiques. Elle a ainsi souligné que le projet a accompagné les chercheurs dans la rédaction de policy briefs en mettant l’accent sur la synthèse des messages clés et leur accessibilité.
« La vulgarisation ne consiste pas à sacrifier la rigueur scientifique mais à la rendre plus accessible sans compromettre sa crédibilité », a-t-elle conclu.
Associer les bénéficiaires à la production des recommandations
Pour Nicolas Faysse du Cirad, l’une des principales innovations du projet a été l’adoption d’une approche participative dans les travaux consacrés aux femmes rurales et aux groupements de développement agricole.
« Nous aurions pu rédiger nos policy briefs dans nos bureaux sur la base de nos connaissances académiques, mais nous avons fait un choix différent », a-t-il expliqué.
Les chercheurs ont ainsi associé les femmes rurales, les ouvrières agricoles et les acteurs du développement à travers plusieurs ateliers organisés sur le terrain à Siliana et Béja. Cette démarche a permis de construire collectivement les propositions de politiques publiques avant d’impliquer également les représentants du ministère de l’Agriculture dans la rédaction des documents.
« Les collègues du ministère de l’Agriculture sont devenus co-auteurs des policy briefs », a-t-il souligné, estimant que cette implication favorise l’appropriation des recommandations et augmente leurs chances d’être mises en œuvre.
Parmi les recommandations formulées figurent notamment le renforcement des compétences de gestion des associations féminines, l’amélioration de leurs mécanismes de commercialisation ainsi que la création d’une carte professionnelle pour les ouvrières agricoles facilitant leur accès à la Caisse nationale de sécurité sociale.
Transformer la recherche académique en outil d’aide à la décision
De son côté, la représentante de l’Association tunisienne des économistes a mis l’accent sur les défis liés à la transformation des travaux académiques en documents directement exploitables par les décideurs.
« Le principal défi a été de passer d’une logique académique à une logique d’aide à la décision », a-t-elle déclaré.
Selon elle, les chercheurs sont généralement formés à rédiger des articles scientifiques détaillés destinés à leurs pairs, alors qu’un policy brief exige un exercice totalement différent : synthétiser des analyses complexes en quelques pages, identifier les messages essentiels et formuler des recommandations opérationnelles.
« Le défi n’était pas de simplifier la recherche au détriment de sa qualité, mais de préserver toute sa rigueur en la rendant plus accessible et plus utile pour l’élaboration des politiques publiques », a-t-elle expliqué.
Elle a également souligné les progrès réalisés grâce aux formations et à l’accompagnement méthodologique du projet :
« Nous avions prévu de former 20 économistes et d’en publier 10 policy briefs. Finalement, 30 économistes ont été formés et 17 policy briefs ont été publiés. »
À Médenine, une démarche participative au service du développement économique
Le projet mené dans le gouvernorat de Médenine autour de l’innovation et de la croissance économique a également illustré l’importance de la coopération entre acteurs locaux.
Les responsables du projet ont expliqué que l’ensemble des parties prenantes – autorités régionales, chercheurs, société civile et acteurs économiques – ont été impliquées dès le lancement de l’initiative.
« Le principal facteur de réussite a été la collaboration entre les différents acteurs et l’implication du gouvernorat de Médenine dès le début du projet », a indiqué l’un des intervenants.
Cette concertation a permis d’identifier les besoins réels du territoire et de produire des policy briefs portant notamment sur l’accès au financement et la logistique.
Les recommandations ont ensuite été diffusées lors des Journées de l’investissement de Médenine, un événement ayant réuni plus de 1 600 participants, dont plusieurs responsables gouvernementaux.
Pour assurer la continuité de cette dynamique, l’intervenant a insisté sur deux conditions essentielles :
« Instaurer un cadre permanent de dialogue » et « renforcer la coresponsabilité entre les acteurs dans la production des policy briefs ».
Faire entrer les questions économiques dans le débat public
Enfin, la représentante du Global Institute for Transitions (GI4T) est revenue sur l’expérience de l’ouvrage collectif L’économie tunisienne, soutenu par Savoirs éco depuis 2024.
Elle a rappelé que ce projet éditorial constitue l’un des principaux outils du think tank pour rapprocher les analyses économiques du grand public.
« Mettre les questions économiques au cœur du débat public » est d’ailleurs le slogan du GI4T, a-t-elle souligné.
Publié chaque année depuis 2023, l’ouvrage rassemble des économistes et experts de différents horizons afin d’analyser les évolutions de l’économie tunisienne et de proposer des pistes de réflexion pour les décideurs.
« Il est important de mettre à la disposition des décideurs des outils et des recommandations pour les politiques publiques, tout en offrant au grand public une lecture accessible de l’économie tunisienne », a-t-elle expliqué.
Une même ambition : rapprocher savoir et action publique
À travers ces différentes expériences, les participants ont mis en avant un même objectif : faire en sorte que la recherche économique ne reste pas confinée aux universités ou aux centres d’études, mais qu’elle contribue concrètement à l’élaboration des politiques publiques et à l’enrichissement du débat citoyen. Une ambition qui résume l’esprit du projet Savoirs éco et que ses partenaires entendent poursuivre au-delà de sa clôture officielle.
