2026-05-08 نشرت في

L’explosion du cash menace-t-elle les PME tunisiennes ?

La CONECT vient de publier le deuxième Policy Brief de son Conseil Scientifique, consacré à un phénomène qui inquiète de plus en plus les acteurs économiques : la montée spectaculaire du cash dans l’économie tunisienne et ses conséquences directes sur le financement des PME.



L’explosion du cash menace-t-elle les PME tunisiennes ?

Selon le document, au 31 décembre 2025, les billets en circulation ont atteint un niveau historique de 26,9 milliards de dinars, enregistrant une hausse de 19% sur une année, alors que le crédit aux entreprises n’a progressé que de 2,8%, soit un recul en termes réels face à une inflation estimée à 5%

Le rapport parle d’un véritable “paradoxe monétaire” : alors que la liquidité en espèces explose dans le pays, cette masse monétaire ne bénéficie plus au tissu productif. Une grande partie de cet argent sortirait progressivement du circuit bancaire pour alimenter des transactions en cash et une économie informelle déjà très importante.

Le Conseil Scientifique de la CONECT estime que près de 74% de cette hausse du cash provient de facteurs non inflationnistes, notamment la réforme des chèques, le rationnement du crédit bancaire, l’élargissement de l’assiette fiscale, la fuite vers l’informel ainsi que le financement croissant de l’État par les banques au détriment des entreprises.

Le rapport identifie un “quintuple étau” qui pèse désormais sur les PME tunisiennes : la réforme des chèques, la contraction du crédit bancaire, un cadre réglementaire jugé favorable au cash, la pression fiscale et l’effet d’éviction provoqué par le financement souverain. Cette combinaison fragilise particulièrement les petites structures qui dépendaient fortement du crédit fournisseur et des délais de paiement. 

La CONECT précise toutefois que ce Policy Brief ne remet pas en cause les réformes engagées par les autorités publiques. L’organisation explique plutôt vouloir attirer l’attention sur les effets d’interaction de plusieurs réformes appliquées simultanément dans un contexte économique déjà tendu. 

Le document alerte également sur un risque d’hystérèse, c’est-à-dire une transformation durable des comportements économiques vers une préférence structurelle pour le cash. Le ratio cash/masse monétaire a ainsi dépassé les 18%, un niveau historiquement élevé pour la Tunisie.

Pour éviter une aggravation de la situation en 2026, la CONECT propose plusieurs mesures, dont la création d’un dispositif d’affacturage facilité, des incitations au paiement digital, la mise en place d’un observatoire permanent du financement des PME ainsi qu’une table ronde nationale réunissant la Banque Centrale, le ministère des Finances, les banques et les organisations patronales.

À travers ce rapport, la CONECT lance un signal fort : sans mécanismes d’accompagnement rapides, la montée du cash pourrait progressivement réduire l’accès au financement, fragiliser davantage les PME et accentuer le basculement d’une partie de l’économie vers l’informel.


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