Publié le 19-04-2011

Reportage : Les migrants tunisiens en Italie traités comme des chiens …

"On est traités comme des chiens." Emmitouflé dans un anorak trop petit pour lui, Sichem écrase sa cigarette et baisse le regard. Ce Tunisien de 28 ans aux yeux creusés s'apprête à passer une nouvelle nuit dans ce couloir glacial de la gare de Vintimille, en Italie. "On ne peut pas se laver et les toilettes de la gare sont fermées", peste-t-il avant de regagner le duvet posé à même le sol qui lui sert de lit.



Reportage : Les migrants tunisiens en Italie traités comme des chiens …

Comme lui, ils sont une trentaine à se partager ce couloir désaffecté. Et, paradoxalement, pour la plupart d'entre eux, c'est un choix. "Dans les centres de la Croix-Rouge, il y a des vols, des bagarres", raconte Mohamed. "On préfère le froid à la peur", ajoute Ahmed. Leur seule lueur de la soirée : le passage des volontaires de la Croix-Rouge qui leur apportent un repas vers 22 heures. Un sac en plastique, en réalité, contenant un sandwich, un fruit et une bouteille d'eau. Souvent, le seul repas de la journée. Résultat, la distribution des repas se fait sous haute surveillance. Des dizaines de carabinieri veillent au bon déroulement des opérations.

Quasiment invisibles depuis la rue

Hors de la gare, les migrants semblent avoir déserté Vintimille. Les cars de la Croix-Rouge, qui les conduisent aux centres, ont arrêté leurs rotations à 21 heures. Les forces de l'ordre se sont repliées. Habitants et touristes flânent à travers la ville dans une apparente insouciance. Mais sur la plage, c'est un tout autre décor. Quelques personnes dorment à la belle étoile, face à la mer. D'autres ont investi un entrepôt de barques et s'abritent comme elles peuvent derrière des bâches.

Plus loin, c'est sous une dalle en béton sur laquelle jouent des enfants qu'une petite dizaine de Tunisiens ont trouvé refuge. Quasiment invisibles depuis la rue, ils ont pourtant installé un véritable campement à même le sable. Des cartons les protègent du vent venu du large. Les douches destinées aux baigneurs font office de robinets. Le bois ramassé dans la journée sur la plage alimente un feu autour duquel se pressent des hommes grelottants. Les nuits sont froides au pied des Alpes.

 

Reportage publié par Le Point et signé par l'envoyé spécial à Vintimille, Cyriel Martin.


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