Publié le 28-01-2026
Pourquoi Boeing n’est pas forcément le partenaire idéal pour le ciel tunisien ?
Malgré l’enthousiasme affiché lors des Journées de l’aviation à Tunis et le plaidoyer de l’ambassadeur Bill Bazzi en faveur de la technologie américaine, le choix de Boeing pour l’avenir de la flotte tunisienne mérite une analyse approfondie.

Entre contraintes opérationnelles, crises industrielles et enjeux géopolitiques, le constructeur américain ne semble pas répondre pleinement aux besoins réels de la Tunisie.
Une flotte historiquement Airbus, un virage coûteux
La flotte de Tunisair (et aussi de Nouvelair) est aujourd’hui largement dominée par Airbus, notamment les familles A320 et A330. Introduire massivement des avions Boeing créerait une flotte mixte, synonyme de surcoûts importants.
Les coûts de formation augmenteraient, puisque pilotes et techniciens devraient être certifiés sur deux systèmes très différents. À cela s’ajoute une logistique plus lourde, avec deux stocks distincts de pièces détachées, un fardeau supplémentaire pour une compagnie nationale déjà engagée dans une restructuration financière.
Une fiabilité fragilisée par des crises répétées
Choisir Boeing aujourd’hui, c’est accepter une part d’incertitude. Le constructeur traverse une crise de confiance marquée par des problèmes de certification et des retards chroniques de livraison, notamment sur les modèles 737 MAX et 777X.
Pour une Tunisie qui ambitionne de devenir un hub régional, dépendre d’appareils livrés avec retard représente un risque industriel majeur. Les incidents techniques successifs ont également affecté l’image de marque de Boeing. Or, Tunisair doit avant tout restaurer la confiance des passagers.
Un paradoxe géographique face à l’Europe
La Tunisie aspire à devenir une plateforme méditerranéenne. Pourtant, ses principaux marchés France, Italie et Allemagne sont des bastions d’Airbus.
La proximité avec les centres de maintenance européens, notamment Toulouse et Hambourg, facilite les interventions rapides et réduit les délais d’immobilisation des avions. Sur le plan stratégique, s’aligner sur des technologies américaines pourrait compliquer l’intégration de la Tunisie dans les futurs standards de l’Open Sky européen, une orientation soutenue par le ministre Rachid Amri.
Un coût d’acquisition peu adapté à l’économie tunisienne
Si Boeing met en avant des solutions haut de gamme, celles-ci restent souvent les plus onéreuses. Le dollar fort face au dinar tunisien renchérit l’achat et le leasing d’appareils américains, accentuant la pression sur les réserves en devises. À l’inverse, les options européennes ou les partenariats régionaux apparaissent plus compatibles avec les réalités locales.
La coopération sécuritaire et technologique avec les États-Unis demeure essentielle pour la gestion des aéroports et du trafic aérien, mais elle ne doit pas nécessairement dicter le choix des avions.
Conclusion : le risque du tout-américain
La Tunisie gagnerait à capitaliser sur l’expertise américaine en matière de sécurité aéroportuaire et de gestion du trafic. En revanche, pour la flotte, le pragmatisme économique et la continuité technique plaident clairement pour une consolidation européenne.
Transformer le pays en véritable point de connexion régional nécessite des avions fiables, rapidement disponibles et peu coûteux à entretenir trois critères sur lesquels Boeing peine actuellement à convaincre face à la concurrence.
