Publié le 22-04-2010

Un tunisien menacé d'expulsion en raison de ses mauvaises notes!

Wael El Abed, étudiant de 25 ans, s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour en raison de son "échec scolaire". Il a été placé en rétention lundi dans l'attente de sa reconduite en Tunisie. Hier, ses proches sont venus le soutenir au tribunal.



Un tunisien menacé d'expulsion en raison de ses mauvaises notes!

Wael El Abed, étudiant de 25 ans, s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour en raison de son "échec scolaire". Il a été placé en rétention lundi dans l'attente de sa reconduite en Tunisie. Hier, ses proches sont venus le soutenir au tribunal.

Cela devait être une simple formalité administrative. Mais hier, au vu du nombre de personnes qui se présentaient dans le hall du tribunal de Perpignan, le juge des libertés et de la détention a décidé de prendre des mesures exceptionnelles. Le bureau exigu dans lequel ces audiences se déroulent habituellement a été délaissé au profit d'une salle du rez-de-chaussée dans laquelle se serraient une trentaine d'étudiants, de professeurs, de représentants d'associations, et même l'employeur de Wael, ce jeune Tunisien arrêté lundi devant la gare de Perpignanhttp://memorix.sdv.fr/5/www.lindependant.com/infoslocales/region_article/1673342018/Position1/SDVG_ML_LI/default/empty.gif/4b65505358457651476a73414452414b? et placé depuis au centre de rétention administrative...

"Il manque de sérieux dans ses études"

"J'en ai des frissons. C'est un jeune homme sérieux, qui travaille dur, même lorsqu'il était malade nous avons toujours pu compter sur lui. Nous lui faisons tellement confiance que nous lui confions la caisse de l'épicerie", raconte à demi-mots l'employeur de Wael, les yeux rivés sur la représentante du préfet des P.-O. qui vient de réclamer au juge un délai de rétention supplémentaire, le temps d'organiser le retour du jeune homme dans son pays d'origine. "Il manque de sérieux dans ses études, son titre de séjour n'a pas été renouvelé et il ne s'est pas soumis à la mesure de quitter le territoire qui lui a été notifiée" a-t-elle souligné pour appuyer sa requête. Une logique implacable à laquelle va s'opposer l'avocate du jeune homme, M e Castillon. Car la situation de Wael El Abed n'est pas commune. Le jeune étudiant de 25 ans un peu gauche, qui bute sur les mots dans son désir de ne pas recourir à l'interprète du tribunal, est arrivé en France en 2005 muni d'un visa d'étudiant. Inscrit à l'Université de Perpignan en licence de biologie, le jeune homme a des difficultés à assimiler cette matière rendue d'autant plus ardue par la barrière de la langue. Conscient qu'il lui faut repenser son orientation, il s'inscrit à la rentrée 2008 en première année d'informatique. S'accroche. Cumule deux emplois en CDI hors de ses heures de cours pour subvenir à ses besoins sans avoir à "vivre de la solidarité nationale", comme le soulignera son avocate. Et Wael réussit ses examens du premier semestre...

"Je ne représente pas le gouvernement, ici"

Mais c'est au second semestre que les choses se compliquent. Son état de santé, fragile depuis quelque temps, s'aggrave. Wael a été hospitalisé à plusieurs reprises pour des troubles gastriques. Il subira des explorations sous anesthésie générale et une ponction lombaire. Dans le même temps, un mouvement de grève paralyse l'université, les cours ne sont plus assurés... Et le jeune Tunisien, "comme beaucoup d'autres étudiants" , rate la deuxième session d'examens. Pourtant, l'université l'autorise à passer en 2 e année, "à cheval". Soit avec l'obligation de repasser les examens manqués l'année précédente. Wael démarre l'année scolaire 2009-2010 pensant être enfin sorti de sa période difficile. Comme chaque année, il dépose un dossier de renouvellement de son titre de séjour à la préfecture. Mais le 7 décembre 2009, n'ayant toujours pas obtenu de réponse, il se rend sur place pour connaître l'avancement du dossier. C'est là qu'il apprendra que son titre de séjour n'a pas été renouvelé en raison "de ses échecs scolaires répétés". Et qu'il commettra une grave erreur : "Pensant, en toute bonne foi, pouvoir encore régulariser sa situation, il n'a pas contesté la décision et commencé à cumuler les attestations d'assidutié et médicales pour asseoir sa nouvelle demande". Aussi lorsque les policiers le contrôlent lundi dernier, Wael ne pense pas être en situation d'infraction... "Je ne représente pas le gouvernement français, ici" expliquera le juge. "Mon rôle n'est pas d'apprécier si vous avez le droit de rester sur le territoire, mais de déterminer s'il y a nullité de procédure ou pas. Soit je prolonge votre rétention d'un maximum de 15 jours supplémentaires, soit vous serez assigné à résidence avec obligation de vous présenter chaque jour devant le commissariat central, en attendant la décision de reconduite du préfet. A moins q u'il ne change de décision..." Hier, le juge a finalement choisi de ne pas renvoyer Wael au centre de rétention, mais de l'assigner au domicile de l'un de ses amis. Des amis qui savent que seule la première manche de cette bataille administrative a été remportée.


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Source :

L'Independant.com