Publié le 06-05-2013

Décès d’un pilier de la politique italienne, Giulio Andreotti n'est plus

Giulio Andreotti, sept fois président du Conseil et figure emblématique de l’ex-Démocratie chrétienne, est décédé lundi à l’âge de 94 ans, après avoir été l’un des piliers et symboles de la vie politique de la péninsule pendant plus de 60 ans.



Décès d’un pilier de la politique italienne, Giulio Andreotti n'est plus

 

Né le 14 janvier 1919 à Rome, Andreotti était entré au Parlement en 1946, à l’occasion de l’Assemblée constituante, pour ne plus jamais le quitter. Sept fois président du conseil entre 1972 et 1992 et 21 fois ministre, Giulio Andreotti, sénateur à vie depuis 1991, a été durant des décennies l’homme politique le plus puissant d’Italie.

Surnommé «l’inoxydable»

Il a aussi accumulé les surnoms: « l’inoxydable » en raison de sa longévité politique, mais aussi le Pape noir, Belzébuth, le Divin Giulio ou le Richelieu italien en raison de son goût pour le secret et de son esprit retors. Petit, portant des lunettes aux grosses montures carrées, doté d’un physique ingrat et devenu bossu avec l’âge, sa redoutable ironie lui a permis de traverser l’épreuve de deux procès retentissants pour collusion supposée avec la mafia.

Accusé d’avoir commandité à la mafia en 1979 le meurtre du trop curieux journaliste Mino Pecorelli, il est condamné après de longues années de procédure à 24 ans de prison, mais sera finalement blanchi en 2003 par la Cour de cassation. On lui a aussi reproché son intransigeance dans l’affaire de l’enlèvement d’Aldo Moro en 1978: chef du gouvernement à l’époque, il avait refusé toute négociation avec les Brigades Rouges, qui avaient fini par tuer le dirigeant démocrate-chrétien.«On me met tout sur le dos, sauf les guerres puniques parce que j’étais trop petit», a-t-il lancé un jour, dans une allusion ironique aux conflits qui ont opposé Rome à Carthage durant l’Antiquité.

Il survit à la disparition de la Démocratie chrétienne

Catholique pratiquant allant à la messe tous les matins, Giulio Andreotti, qui restera toujours proche du Vatican, a commencé sa carrière dans les rangs de la Démocratie chrétienne, le grand parti centriste-catholique fondé par Alcide de Gasperi.

Nommé sénateur à vie en 1991 — une fonction réservée aux anciens présidents de la République et à quelques grandes personnalités politiques et intellectuelles — il a pu survivre à la disparition de la Démocratie chrétienne dont il était pourtant devenu la parfaite incarnation. Immortalisé dans le film saisissant de Paolo Sorrentino «Il Divo» (Prix du Jury à Cannes en 2008), Giulio Andreotti a fait l’objet d’innombrables anecdotes et blagues qu’il accueillait mi-figue mi-raisin.


K.A.